DSCN1165L’été est la saison propice à la lecture, particulièrement aux grandes sagas dont on a tout le temps d’explorer les méandres. Particulièrement quand le soleil est au rendez-vous et qu’il fait bon se prélasser, confortablement installée, sans se soucier du temps qui passe.
Il y a certains étés que je peux situer grâce à ces lectures : l’été où j’ai lu Anna Karénine, le voyage en voiture, mal au cœur parce qu’il n’était pas question de poser le livre. L’été où j’ai promené partout avec moi les yeux langoureusement baissés de Marylin sur la belle couverture poche de Blonde, de Joyce Carol Oates ; un pavé qui m’empêchait de fermer le petit sac en cuir que j’avais adopté cette année-là, dans lequel le volume ne se sentait manifestement pas à son aise, les bords de la couverture devenant irréguliers (mais Marylin elle-même ne fut défigurée par aucun pli). Marylin remplacée le même été par une autre femme aux yeux baissés (mais au regard triste) sur la couverture de Belle du Seigneur.
Longtemps, le mois de juillet a été pour moi un rendez-vous avec Proust. Pas envie de lire tous les volumes à la suite, parce que je suis une lectrice volage, butinant d’un auteur à un autre, et quoi de plus agréable que de renouer avec des personnages familiers,  dans le calme des après-midis de juillet, quand les vacances commencent…

 

Il y a des lectures de villégiature : le volume où Marcel - toujours lui - regarde s’avancer devant le front de mer la troupe des jeunes filles en fleurs ; Une saison d’été, mon roman préféré d’Elizabeth Taylor avec Vue sur le port, chronique d’un été de passion entre une jeune femme veuve et son nouveau mari, plus jeune qu’elle (livre drôle et tragique, moins amer dans mon souvenir qu’Angel) ; la promenade au phare de Virginia Woolf ou encore les vacances italiennes évoquées par Marguerite Duras dans Les petits chevaux de Tarquinia
Mais rien n’empêche de refuser la langueur estivale et de se plonger dans des œuvres plus noires (l’été d’ailleurs devient souvent lourd dans les romans, et l’orage final est ravageur), de passer la nuit à écarquiller les yeux devant la vie glacée de Romand dans L’Adversaire d’Emmanuel Carrère, de se perdre dans les coursives du château d’Udolphe et dans l’imagination d’Ann Radcliffe.

 

Il y a encore un autre plaisir, que France Inter nous a restitué cette année : ce sont les conversations de Brigitte Kernel avec ses invités vers 20h dans « Un été d’écrivains ». L’occasion de découvrir certains auteurs (Duong Thu Huong, par exemple, dont je viens d’acheter Terre des oublis, et à laquelle l’animatrice s’adressait avec admiration), de sourire (Jean Teulé, très amusant), d’entendre des voix assurées, d’autres hésitantes ou fatiguées (Anna Gavalda parla d’abord avec une certaine lenteur, finit par s’excuser de ce manque d’entrain, puis s’emballa au sujet de certains de ses personnages ; de quoi la rendre fort sympathique, alors même que je ne suis pas très tentée par Ensemble, c’est tout), de découvrir certains mécanismes d’écriture (oui, moi ça m’intéresse de savoir quand ils écrivent, le matin à partir de 5h _ ! ou la nuit jusqu’à épuisement, avec un stylo plume _ ! sur des cahiers Clairefontaine, en tournant des heures comme des prisonniers dans leurs cellules-bureaux).

 

Je me rappelle d’un été de déménagement où j’écoutais l’émission dans le camion qui m’emmenait vers une ville inconnue. Des soirées dans la nouvelle ville, la radio dans la petite cuisine peu lumineuse. J’ai lu un livre d’Anne Wiazemsky entendue cet été-là (Mon beau navire, encore un parfait roman de villégiature, riche en apprentissages et distillant à la fin comme tous nos romans de l’été une certaine forme d’amertume). Et plus tard acheté un roman de Brigitte Aubert qui m’avait marquée, car l’animatrice avait évoqué avec elle un roman policier dont l’héroïne était une femme aveugle circulant en fauteuil roulant. Pas moins. Un roman policier travaillant sur les sensations, et « jouant » sur les handicaps de l’héroïne. Le roman que j’avais acheté s’appelait je crois Le Couturier de la mort, tout un programme, et partait d’un postulat également abracadabrant : le meurtrier non seulement tuait mais recousait ensuite ensemble différentes victimes pour exposer des cadavres recomposés et artistiques. Bien tenté, mais vraiment non, ça ne marchait pas (sur le lecteur).

 

C’est la fin de l’été et comme bon nombre de lecteurs j’en ai profité pour achever la grande saga de JK Rowling, je vous en dirai peut-être un mot, et pour prendre une résolution : plus d’auteurs récents dans mes lectures…