Enseignant dans un collège du 19e arrondissement de Paris, le narrateur  relate une année scolaire « entre les murs » de cet établissement, le titre n’évoquant pas une prison, mais un lieu où l’on vient un peu à contre-cœur et qui a ses propres codes. Excellente idée de lecture de rentrée, satisfaisant également à ma quête de littérature française contemporaine.

J’avais -je dois le dire- certains a priori car la littérature portant sur le monde enseignant et la vie dans la classe comporte toujours un certain nombre de lieux communs, que ce livre revisite d’ailleurs : comme « que serait un établissement scolaire sans machine à café » ou « pourquoi s’acharner sur la pauvre photocopieuse » ou encore « quelle mascarade que les conseils de classe et autres conseils d’administration ; sans parler des cours ».
Ces passages attendus ne sont pas absents du livre et c’est ce que j’ai le moins aimé, à l’image de cet échange professoral à l’aube de la prérentrée :
_ J’avais le vague espoir que tout ait brûlé.
_ Il est pas trop tard pour poser une bombe, tu me diras.

Mais le regard du narrateur se révèle vite original ; c’est celui d’un prof, mais un prof qui observe avec curiosité les deux « côtés » (profs, administration – élèves) et qui y note des comportements parallèles : même tendance à s’envoler dès que la sonnerie/l’autorisation du principal permet de quitter la salle de cours/de réunion, à prendre la parole sans la demander,  mêmes vêtements à message (pour les élèves des slogans comme « Inaccessible » ou « Life style », pour Léopold le prof gothique des anges aux ailes déployées)…

Le style se veut transparent, retranscription documentaire de ce qui se dit ou se passe. Le livre se compose essentiellement de dialogues, comme pris sur le vif, syllabes mangées comprises, négations et subordination absentes (« par’emple »,  « je suis pas sûre c’est bon »). On est entre les murs d’un petit théâtre dont le narrateur est un acteur et un metteur en scène parfois pris en défaut.
Il ne s’agit pas ici d’étudier les personnages, mais de les écouter parler et de les peindre d’un trait : Hinda ressemble à il ne sait plus qui, Sandra est en permanence branchée sur plusieurs centrales électriques, les cernes de Gilles le prof de maths s’allongent au fil de l’année, Bastien grignote des biscuits aux récréations.
Deci delà une formule : « J’avais mal dormi, ils dormaient. »

Ce que le livre restitue bien, c’est l’aspect répétitif de la vie scolaire : surveiller du coin de l’œil l’élève retenu à la fin du cours, suivre à chaque rentrée de vacances le même chemin, pour retrouver le même élève à la traîne qui demande à changer de classe, affronter sans fin le même petit caïd qui suit d’un pas traînant le prof au bureau du principal… et mal dormir…

Les scènes de classe montrent un professeur nuancé, qui manie l’ironie et l’humour  mais parfois s’agace et choisit injustement une cible ; petits arrangements pour éviter aux élèves Chinois qui parlent mal français d’être obligés de lire leurs exposés maladroits devant toute la classe, pour détourner l’attention d’élèves venues lui reprocher ses moqueries. Tricheries immédiatement remarquées par les élèves, public extrêmement exigeant. L’année scolaire est une succession de minuscules affrontements, de grands éclats et de trêves (je vous laisse découvrir le feuilleton des pétasses).

Le ton oscille entre humour et gravité, lorsque la politique s’introduit entre les murs et que la mère d’un élève chinois est menacée d’expulsion.

Une bonne surprise, donc, qui laisse la même impression qu’une année scolaire : douce-amère, pleine de nouvelles têtes qu’on n’a pas forcément le temps (ni l’envie) de bien connaître.

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Cliquez sur l'image si vous voulez lire le début de la controverse sur les "pétasses"...