Je reviens maintenant à ces « reliques de la mort » :

Le caractère « extraordinaire » de ce dernier tome a été annoncé par JK Rowling à la fin du tome 6 : Harry ne compte pas revenir à Hogwarts et les rituels que son auteur a tissés au fil des volumes (surtout les premiers) vont donc voler en éclats.
Le temps des amours est lui aussi suspendu : les effusions sentimentales du tome précédent semblent de toute façon avoir dessiné assez nettement les couples.
L’heure est à la guerre et la question est donc de savoir comment Harry va vaincre Voldemort, s’il va en sortir vivant et aussi qui va mourir dans ce combat final, car on pressent que cet ultime affrontement ne se fera pas sans sacrifices.
J’ai trouvé qu’il s’agissait d’un volume un peu aride dans la première partie, car il se resserre sur le trio principal et progresse d’abord de façon chaotique, alternant morceau de bravoure et tunnel un peu morne (c’était déjà le cas dans les autres volumes, simplement la vie d’Hogwarts remplissait les phases de brouille ou d’ennui) ; en même temps, c’est aussi un bon volume de synthèse, remettant en lumière les sorts et surtout les personnages rencontrés au fil des épisodes.

Je ne suis pas une grande lectrice de combats et autres péripéties rocambolesques. Les échanges de sorts, les éclairs de lumière verte ou rouge, les passages « épiques » me laissent indifférente.
*une exception cependant : l’expédition de Dumbledore et de son protégé en quête du médaillon dans le tome 6 ; cette réécriture de la traversée infernale mêlée de réminiscences horrifiques (les morts-vivants) et la cruauté du supplice que s’inflige Dumbledore m’avaient beaucoup marquée.
Ce que j’aime, moi, ce sont les mystères du roman familial d’Harry, les ambiguïtés des personnages, la création d’un monde parallèle et cohérent.
A ce titre, l’un de mes épisodes préférés est le récit du souvenir de Rogue (tome 5 ?), attaqué par James et ses amis, et refusant l’aide de Lily. Le doute ne subsiste pas longtemps ; Harry est rassuré par l’un des membres de l’ordre du phénix, mais cette inversion des rôles entre bons et méchants, l’hostilité qui existait alors entre James et Lily, étaient tout de même fort intéressantes. Il est vrai que si cette ambiguïté m’a frappée surtout pour les parents du héros, elle touche toutes les figures paternelles qui entourent Harry.
Après James et les maraudeurs, c’est Lily que nous découvrons dans ce dernier volume, et j’aime beaucoup les passages qui lui sont consacrés.
Enfin, les partisans du sang pur ayant pris le pouvoir, le roman prend par endroits des accents de contre-utopie assez glaçants…

Vous avez compris que je suis plus visite au Ministère de la magie qu’évasion des clones, plus plongée dans la pensine que cambriolage à Gringotts…
Il y a quelques scènes qui m’ont paru particulièrement fortes :
-la visite au Ministère, donc : j’aime beaucoup le jeu cruel entre les apparences empruntées par les héros et leur identité propre. Harry est ironiquement protégé par son masque de dénonciateur, Hermione est recrutée pour assister à ce qui pourrait être son propre procès, Ron a volé l’identité d’un homme qui subit un chantage odieux ; j’aime beaucoup l’aide apportée par son père qui ne le reconnaît pas. La transformation du ministère en repère fasciste parquant les sang-de-bourbe avant un simulacre de procès me paraît bien décrite et terrible.
-Je trouve très belle la scène de réveil (pas King’s Cross, celle d’après) ; la trahison immédiate de Narcissa, puis la route vers Hogwarts et Harry porté par Hagrid. Ca me fait penser à une pieta, d’autant qu’Hagrid est celui qui a porté l’enfant aux Dursley, qui est venu le chercher pour l’école, une sorte de nounou. Avant la bataille finale, le temps est suspendu et Harry plus christique que jamais.
-J’ai pu verser en plusieurs fois toutes les larmes de mon corps, ce qui est bien le moins quand on lit une saga. Comme tout le monde je pense, j’ai très mal supporté la mort de ce pauvre Dobby. Mais « the prince’s tale » m’a aussi terriblement émue, parce qu’il confirmait que Snape n’était pas un traître, qu’il avait juste été un jeune homme arrogant et malheureux ; et parce qu’il mettait en scène Lily : sa lettre au début révélait qu’on ne la connaissait que comme partie du couple qu’elle formait avec James. Et là, tout à coup, elle apparaissait, seule, et elle était bien plus attachante que les maraudeurs. Bon, je ne vous parle pas des héros morts au combat, du nouvel orphelin, du collégien sacrifié…

Sinon :
-on peut légitimement regretter que JK Rowling n’ait pas choisi la voie obscure et ne tue pas son héros. Néanmoins, cette idée de sacrifice que paraissaient annoncer les autres livres est habilement retournée et le fait qu’Harry utilise le même sort de protection que sa mère rend sensible, je trouve, le passage des générations.
-on peut légitimement regretter que le combat final entre Harry et Voldemort soit si bref, mais pas moi ; les jeux sont faits, pas vrai, alors pourquoi en rajouter ?
-on peut tout aussi légitimement regretter cette fin un peu fade, qui semble bien décalée par rapport à la noirceur des derniers volumes… Une façon de fermer (bloquer ?) la porte en douceur…

Mes anti-héros :
-J’aime bien que Neville soit devenu à son niveau un petit Harry tout couturé, un meneur.
-J’ai une tendresse inconditionnelle pour Luna Lovegood. Comme il n’est pas question d’elle dans le dernier chapitre, je me suis mise à spéculer follement : et si madame Rowling comptait lui consacrer un bouquin pour elle toute seule ? d’autant qu’on ne connaît toujours pas les circonstances de la mort de sa mère, non (corrigez-moi si je me trompe)? Mais dans une interview elle révèle que Luna a épousé le descendant de Newt Scamander, l’auteur du livre sur les créatures magiques…

Bon. Harry, c’est fini…
Comme le jubilation de lire tranquillement la fin a vite fait place à la frustration de ne pouvoir en discuter avec quasiment personne, j’ai consulté les impressions de lecteurs sur un forum nommé la pensine ; il y a d’intéressantes remarques sur la construction en miroir des 7 volumes, une théorie fort convaincante, en tout cas pour les tomes 2 et 6 (même importance de Ginny, découverte et destruction d’un horcruxe…).
Sinon :
Vivement le prochain livre de JK Rowling ! (et pas le dictionnaire annoncé sur le monde d’Harry Potter, je veux dire que j’attends impatiemment un nouveau roman ; elle ne va pas s’arrêter là, quand même ?)