J’ai vu il y a quelques jours un film coréen qui m’a fait une forte impression : il s’appelle « Printemps, été, automne, hiver… et printemps ». Le sujet semble austère : il s’agit des saisons de la vie d’un moine bouddhiste, chaque épisode a lieu au fil d’une saison-état d’âme. Le printemps, c’est l’enfance, inconsciente et cruelle ; l’été fait exploser les passions.   L'automne est présenté comme la saison la plus violente : le héros, qui s’était enfui du temple où il vivait depuis l’enfance pour rejoindre une jeune fille dont il était devenu l’amant, revient plus vieux d’une dizaine d’années, et meurtrier. Il a tué celle qu’il aimait et qui le trompait et, s’il a regagné le temple de son enfance, c’est pour s’y infliger diverses mortifications. L’enfant qui faisait souffrir des petits animaux (il les lestait de cailloux) est devenu un homme en colère contre la vie dont le sens s’est dérobé à lui, et qui ne pense qu’à se supplicier. Ainsi se concrétise la prophétie de son vieux maître : si l’un des animaux que l’enfant a fait souffrir meurt, la pierre qu’il a attachée à cet animal pèsera à jamais dans son cœur.
Son maître cependant a ramené au temple un chat blanc, dont il va utiliser la queue pour peindre d’innombrables caractères sur le parvis du temple ; il demande à son disciple de les graver avec son couteau, et lui promet qu’au terme de ce labeur sa colère sera épuisée. Les inspecteurs qui le poursuivent n’auront plus alors qu’à l’emmener, après avoir aidé le maître à peindre de belles couleurs les caractères gravés. C’est le début d’une rédemption douloureuse à laquelle le maître n’assistera pas…

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J’ai toujours aimé le retour de l’automne, le temps de la rentrée scolaire (qui n’a pas eu des parents instituteurs ne sait pas le charme que l’on trouve, enfant, à parcourir avant la rentrée les salles vides, à les humer, à aider pour de menus travaux – collages d’étiquettes, rangement de gommettes, décompte de stylos bille), le temps des châtaignes, des belles pommes et des feuilles mortes qu’on ramasse à la pelle. C’est une saison que je trouve victorienne, et éminemment poétique.
Autant l’été est propice à la lecture de romans fleuves, autant l’automne est la saison des récitations mélancoliques.
Je me souviens d’une collecte de poèmes automnaux quand j’étais au collège. Je n’avais pas été immédiatement sensible à l’humour de Prévert envoyant deux escargots à l’enterrement d’une feuille morte. J’aimais les grandes déclarations et c’était « L’automne » de Lamartine que je voulais apprendre :

« Salut, bois couronnés d’un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards.
»

Mon professeur avait beau me dire que ce n’était qu’une posture et que Lamartine ne mourrait que des années après, j’étais séduite par les adieux déchirants qu’il adressait à la beauté du monde :

« Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau !
L’air est si parfumé ! la lumière est si pure !
Aux regards d’un mourant le soleil est si beau !
»

Plus tard, j’ai aimé les poèmes plus simples (… moins pompeux) et le plus admirable des poèmes d’automne est devenu pour moi « Les colchiques » d’Apollinaire, ce qui n’est pas très original, je vous le concède :

« Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s’empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là
Violâtres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s’empoisonne
».

Plus de feuilles mortes et pourrissantes, des fleurs empoisonnées. Notez que j’avais retrouvé mon humour et que j’acceptais très bien la compromettante présence des vaches au milieu de ces amours défuntes.
Apollinaire, poète « soumis au Chef du Signe de l’Automne » (« partant j’aime les fruits je déteste les fleurs »), pour qui l’automne était la saison éternelle « ô ma saison mentale », chanta parfaitement l'« Automne malade et adoré » :

        Les feuilles
        Qu’on foule
        Un train
        Qui roule
        La vie
        S’écoule