Repas dominical...

Connaissez-vous cette sainte sicilienne ?

Agathe, malheureuse jeune fille chrétienne de Catane, dut affronter bien des tourments parce qu’elle refusait d’honorer les dieux païens et se refusait par la même occasion à l’un des notables de la ville. Le trait le plus horrible de son martyre, celui qui la caractérise sur les retables et les tableaux, c’est qu’un esprit pervers imagina pour son supplice de lui arracher les seins.
agathe2 (détail du Retable de saint Jean-Baptiste, Jacques Durandi)
Elle est donc représentée portant ses seins sanglants sur un plateau, ou la poitrine blessée d’entailles saignantes. Ce martyre lui vaudra de devenir la patronne des nourrices et d’être invoquée contre les maladies de sein (dans la même catégorie, Lucie porte ses yeux comme des fleurs à la main ou sur une assiette).

agathe(Sainte Agathe par Francisco de Zurbaran, vue sur Wikipédia)

Rien de bien appétissant, me direz-vous. Attendez. Je reviens à Tomasi di Lampedusa. Je me plais chez lui. Vraiment, on y mange bien.
Surtout à la fin du Guépard, au buffet (prononcé significativement « bouffet » par les jeunes filles de l’aristocratie palermitaine que le prince de Salina n’hésite pas à comparer à des guenons ou à des ouistitis) du bal donné par les Ponteleone. L’abondance règne, mais le prince dédaigne la « monotone opulence » de la table des pâtés et autres poissons pour s’approcher de la table des gâteaux, où son choix se porte sur deux « gâteaux des Vierges », dont l’aspect lui semble fort impudique. Pire, emportant ses deux gourmandises, il se fait l’effet d’être « une caricature profane de sainte Agathe exhibant ses seins coupés » et s’interroge : « Comment se fait-il que le Saint-Office, quand il le pouvait, n’ait pas songé à interdire ces gâteaux ? les seins de sainte Agathe vendus par les monastères, dévorés par les fêtards ! Bah ! »
Le prince s’installe finalement auprès du héros de la soirée (le général qui a planté une balle dans le pied de Garibaldi), un peu à contre-cœur il est vrai, car il croit qu’il va s’ennuyer. Et nous finissons par en savoir plus sur cette pâtisserie sulfureuse et évocatrice : elle contient un mélange raffiné de blanc-manger, de cannelle et de pistache.

Ce dessert raffiné et impudique n’a pas manqué d’éveiller ma curiosité et, en exclusivité, voici une tentative de reconstitution de ce gâteau des Vierges !
Le roman nous laissant dans l’ignorance au sujet du gâteau qui enveloppe le blanc-manger, j’ai revisité peu religieusement cette friandise en omettant cette croûte mystérieuse.

Pour 8 petits seins, il vous faudra :
50 cl de lait
15 cl de crème fraîche
2 g d’agar-agar (algue gélifiante vendue en épicerie biologique)
70 g de sucre roux
de la poudre d’amandes (un fond de sachet, 3 bonnes cuillères à soupe)
1 cuillère à café de cannelle
des pistaches non salées

Versez 25 cl de lait dans une casserole. Ajoutez l’agar-agar, mélangez. Portez à ébullition en remuant, laissez bouillir 1 minute 30 ou 2 minutes. Coupez le feu.
Ajoutez le sucre.
Dans un récipient, versez le lait restant et la crème. Faites-les réchauffer au micro-ondes, puis mélangez au lait agar-agarisé.
Ajoutez la cannelle, des pistaches que vous aurez préalablement broyées ou coupées en morceaux, de la poudre d’amandes.
Déposez une pistache au fond de chaque verre, recouvrez du mélange.
Laissez refroidir et placez au frais, deux heures au moins.

Il ne vous restera plus qu’à démouler et à jouer les martyres.
DSCN1282
Je reconnais que ce dessert n’est pas de très bon goût, mais il est très bon !