"Je l’ai tué parce que j’avais mal à la tête. Et lui qui vient me parler, sans s’arrêter une seconde, de choses qui m’étaient totalement indifférentes. C’est la vérité, et même si elles m’avaient importé j’aurais fait de même. Avant de le faire j’ai regardé six fois ma montre avec ostentation : il n’en a fait aucun cas. Je crois cependant que c’est une circonstance atténuante qui devrait être sérieusement prise en compte."

Dans Crimes exemplaires, le surprenant Max Aub donne très brièvement la parole à des assassins imaginaires, tous animés de bonnes raisons pour tuer leur semblable, leur amant ou leur garçon de café.

J’ai vu récemment un spectacle qui associait les aveux grinçants des personnages de Max Aub à la musique de  Heinrich Ignaz Franz von Biber. J’étais très contente d’entendre la fameuse scordatura que j’ai découverte dans Instruments des ténèbres de Nancy Huston.

Et les associait aussi à la danse, dont un très réussi ballet de jambes (les danseurs de dos, penchés en avant) qui faisait penser aux êtres hybrides d’un Bosch.

Jolie soirée passée à découvrir ces « récitatifs toxiques ».

paonpiedbosch

Si vous ne vous lassez pas de cet humour noir distillé à petites doses, lisez aussi les Nouvelles en trois lignes, de Félix Fénéon, qui racontent des crimes, mais pas seulement :

Le Dunkerquois Scheid a tiré trois fois sur sa femme. Comme il la manquait toujours, il visa sa belle-mère : le coup porta.