Au départ, je voulais réveiller mon italien par une petite lecture rapide et efficace ; et puis « Una storia semplice » est devenue une lecture capricorne, car Leonardo Sciascia est né le 8 janvier 1921 en Sicile… Il n’a cessé d’écrire sur sa terre natale, en particulier des sortes de « contes policiers », satiriques, dont la morale à tirer est souvent politique (et dénonce en particulier la mafia). Il est d’ailleurs entré en politique en tant que conseiller municipal de Palerme, puis député européen et député au parlement italien.

« Une histoire simple » est sur ce modèle une sorte de roman policier, assez bien mené d’ailleurs. Evidemment les intrigues policières ne sont jamais des histoires simples, il y règne au contraire une atmosphère de danger, de travestissement et de feinte. C’est bien le cas ici. Cette « histoire simple » commence avec la mort d’un notable dans sa villa sicilienne, qu’il n’habitait plus depuis des années. Le futur cadavre avait appelé la police la veille de la fête de Saint-Joseph et demandé que quelqu’un passe à sa villa. Le commissaire avait considéré qu’il s’agissait d’une blague, la maison étant abandonnée depuis si longtemps… Et le lendemain, le brigadier qui se rend chez lui pour vérification le trouve mort… Ce serait bien pratique si c’était un suicide… même si c’est peu vraisemblable…
Avec l’ironie qui lui est familière, Leonardo Sciascia s’attaque à la corruption généralisée en Sicile. A l’exception du brigadier impressionné par les diplômes qui nous sert de guide dans cet écheveau, tous les personnages ou presque sont antipathiques, stupides, corrompus et potentiellement dangereux. Même les personnages secondaires en prennent pour leur grade, à l’image de la femme du défunt, pleine de préjugés (la fracture entre Nord et Sud de l’Italie est nettement perceptible : elle affirme que l’assassinat est tout de même une tradition sicilienne…).
La fin propose une ultime pirouette assez révoltante…
Une lecture assez rapide qui n’épargne aucune sphère du pouvoir !

Mon édition est une version reliée offerte en supplément du « Corriere della sera » (les quelques livres italiens que j'ai chez moi ont été achetés dans des kiosques et même au supermarché !)…

sciascia


De Leonardo Sciascia, j’avais bien aimé aussi les nouvelles siciliennes du recueil La mer couleur de vin, en particulier la nouvelle éponyme (un voyage en train de Rome vers la Sicile, plein de vie et d’humour…), « Le long voyage » d’immigrants siciliens naïfs désireux de gagner les côtes américaines… ou encore « Un cas de conscience » (celui d’une épouse sicilienne adultère envoyant une lettre à une sorte de « courrier du cœur » catholique, courrier qui, lu dans le train par un avocat de la même ville, va alimenter les cancans et les rumeurs en ville…).

Une écriture souvent satirique, dépeignant les travers de ces Siciliens que Leonardo Sciascia n’a jamais quittés : encore une lecture capricorne qui m’a emballée !