Pensez-vous pouvoir vous identifier à un éléphant ? Aimeriez-vous savoir pourquoi la vieille Norma s'est jetée du 116e étage de la tour Bambell ? Que savez-vous vraiment sur la formation des super-héros ? Quels secrets cache la belle Vanita ? Qu'est-il arrivé exactement à l'épouse d'Hector Mac Keagh ? Reverrons-nous le commandant Bigoodee ?

C’est lors d’un pique-nique dans un parc parisien qu’Ekwerkwe et Stellasabbat (à la culture science-fictionnesque fort étendue) m’ont parlé de la série Cité 14 de Gabus et Reutimann.
Tous deux se sont lancés dans un projet intriguant, que Gabus, le scénariste, définit par défaut  au début du premier volume : cette BD n’est pas un manga, pas un comics, pas un feuilleton télé…
C’est une série d’épisodes d’une vingtaine de pages, publiés chaque mois au prix fantastique de 1 euro. La saison 1 vient de s’achever, avec son lot de révélations, mais aussi de mystères (vivement la saison 2), et la série complète est maintenant disponible dans un joli coffret.

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Dans le premier épisode, celui que nous appellerons Michel (un éléphant au langage mystérieux) accomplit les formalités nécessaires pour entrer dans la Cité 14, mais ça tourne mal quand on découvre sur lui un sachet de graines dont l’importation est réglementée. Cherchant à échapper aux douaniers, il sauve la vie d’Hector, un castor journaliste qui planque aux abords d’un entrepôt où se déroule un échange de valises entre deux malfrats à mine patibulaire…
C’est parti pour douze épisodes à la découverte de cette Cité 14, ses cimes (la tour Bambell fait plus de 116 étages), ses bas-fonds et ses ghettos !
Dans Cité 14, on trouvera de façon condensée tous les ingrédients d’un feuilleton populaire : une architecture fantastique qui évoque les gratte-ciel des comics américains tout comme les cités industrielles du 19e siècle, des spectres convoqués par une voyante dont on ne voit jamais le visage, des règlements de compte de romans noirs, un enlèvement, quelques histoires d’amour, un reporter trop courageux pour être honnête, des extraterrestres en pleine conquête (?) et même des superhéros invincibles au service de la cité (??)… Les titres d’ailleurs sont accrocheurs et un peu désuets, dans la grande tradition du feuilleton et du roman noir : « Etes-vous anarchiste ? », « Krapal la crapule », « L’étrange passe-temps du commandant Bigoodee »…
Tous ces éléments paraissent disparates, mais s’organisent avec humour pour aborder des questions contemporaines, politiques en particulier (c’est la Cité la véritable héroïne de la série, sa formation et sa corruption).
Les personnages sont pour la plupart des animaux aux traits humanisés (il y a aussi des extraterrestres aux formes originales et des humains, en général des sous-fifres), ce qui leur donne d’emblée une personnalité, un trait distinctif : Michel l’éléphant est imposant et bon garçon, Krapal le domestique crapaud répugnant à souhait, Bigoodee le chat noir mystérieux et distingué… En plus d’un caractère bien à eux, les personnages ont parfois un langage particulier, comme Bigoodee et ses sœurs dont on « entend » l’accent britannique, ou le chef de la « confrérie » de la tour Bambell (un service d’ordre musclé) qui prend très souvent un mot pour un autre (« il faut que l’on se serve les coudes »).
Le dessinateur s’en est donné à cœur joie dans la création d’une cité gothique et disparate, mêlant gratte-ciel et cathédrale, téléphérique antique et vaisseaux spatiaux… et dans les cadrages aventureux qui donnent du rythme aux péripéties.
Les personnages gagnent en épaisseur au fil de la saison ; il m’a fallu attendre le volume 4 (« Rififi sur les docks ») pour me sentir vraiment embarquée dans l’aventure… Est-ce dû à l’apparition de Tigerman, le justicier aux griffes redoutables et au corps d’acier ?

Je vous conseille donc de soutenir ce projet ambitieux, dont vous pouvez suivre l’actualité (et guetter la saison 2) sur le blog qui lui est consacré.