Les grands voyageurs, à leur retour, devant un auditoire conquis, racontent souvent de grosses bêtises. Dès l’Antiquité, Lucien (de Samosate) le constatait et donnait des noms : Homère, par exemple. Ne raconte-t-il pas qu’en Italie il y a des cyclopes et des magiciennes qui transforment les hommes en cochon ? Mais son ambition n’est pas de dénoncer ; non, il veut seulement faire comme tout le monde, raconter mille mensonges, mais avec honnêteté. De tout ce qu’il va raconter dans son "Histoire véritable", donc, il ne faudra rien croire !
Et c’est parti pour un récit de voyage qui n’a rien à envier question exotisme à tous ses prédécesseurs : on y visite le ciel, avec un petit arrêt (assez belliqueux) sur la Lune, puis le ventre d’une baleine (la vie s’y organise), et enfin l’île des Bienheureux (où nous retrouvons Homère qui compose une nouvelle Iliade, ou encore Socrate qui n’assume toujours pas son goût pour les jeunes garçons).
Parodie des traités ethnographiques, le récit de Lucien nous présente un monde à l’envers plein de fantaisie : ainsi sur la Lune, ce sont les hommes qui portent les enfants, dans le gras du mollet. Ces hommes lunaires ont d’ailleurs des yeux amovibles, et même toute une collection, s’ils sont riches.
Mais c’est dans la parodie de l’épopée que Lucien se révèle le plus drôle : sur la Lune, par exemple, lorsque s’affrontent (à ma gauche) Cavaliers-Vautours et Salades ailées et (à ma droite) Cavaliers-Fourmis, Moustiques de l’Air et autres Champignons-Tigres.
De tels combats ont dû inspirer Rabelais lançant les Andouilles contre l’équipage de Pantagruel, et Cyrano de Bergerac imaginant son voyage sur la Lune.
On en voudrait encore, mais ce coquin de Lucien annonce une suite, qu’il n’écrivit jamais.

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A l’ "Infirmerie" : la révélation finale de « L’infirmerie après les cours » m’a un peu « déçue », disons pour rester vague que je ne la trouve pas forcément nécessaire pour éclairer toute la série, je trouve même qu’il y a une sorte de confusion des âges que je juge un peu maladroite… mais c’est la même réaction que j’ai à la fin d’un bon policier, lorsque je me refuse à réévaluer les personnages à l’aune des révélations de l’enquêteur. Une très bonne série cependant, de bout en bout palpitante. J’explorerais bien la bibliographie de la mangaka.