for_t_conteIl vaudrait mieux que nous nous vouvoyions… Je serais une femme malade de sa propre histoire, lourde de deuils (ceux que j’aurais perdus, ceux que je n’aurais pas enfantés), et je vous rendrais visite dans une maison labyrinthique et isolée, entretenue par une servante invisible. Vous seriez mon psy et peut-être mon père ; vous déposeriez des contes de fées sur le bureau de ma chambre chaque soir (ou chaque matin ?) (comme vous ne l’avez pas fait dans mon enfance, je vous le rappelle). Je rêverais, nous parlerions.

Il ventait très fort ce soir-là (et mon chat était dehors sous les rafales de pluie, le pauvret) lorsque j’ouvris « Le chemin des sortilèges » de Nathalie Rheims, déposé sur ma table de chevet par la main invisible du site Chez-les-filles. Hélas, si je l’ai lu sans déplaisir (il faut dire aussi qu’il est fort court), j’aurais du mal à en tirer autant d’enseignements que l’héroïne  éclairant sa propre vie à la lecture des contes soigneusement choisis par le mystérieux Roland : si ce n’est que dans ce cas précis, littérature et psychanalyse font assez mauvais ménage. En effet, pour une interprétation inspirée de Cendrillon ou de Blanche-Neige, il suffit de se plonger dans la Psychanalyse des contes de fées de Bettelheim. Ce qu’on attend d’un roman, c’est qu’il réécrive lesdits contes, les transpose, les éclaire d’un jour inédit. Or ici, il ne s’agit que de les citer, de les analyser (sans grande originalité) et de les comparer avec la vie de l’héroïne. Du coup, celle-ci ne prend jamais corps ; et l’enchaînement des contes et des souvenirs devient vite répétitif.
L’écriture quant à elle essaie d’être évocatrice et mystérieuse ; la plupart du temps, elle est cependant plutôt plate. Cette maison, le cimetière, le cours d’eau m’évoquaient irrésistiblement le château d’Argol de Julien Gracq, bâtisse combien plus ensorcelante et maléfique. Bon, je ne vous parle même pas des contes fantastiques d’Angela Carter, d’autres l’ont déjà fait.
(J’ai bien aimé ceci dit les passages où l’héroïne évoque leurs repas, encore qu’on ne nous dise jamais clairement ce qu’elle mange entre deux rêves et quelques lectures ; si  le temps du sommeil et celui de la journée se brouillent, il y a ces repas posés en jalons; et parfois, le garde-manger est vide, à peine quelques petits biscuits, lorsqu’elle est au cœur de la solitude et de la tourmente.)
(Ah, et le petit Poucet félin a heureusement retrouvé le chemin de la maison.)
(Lily est plus enthousiaste).