DSCN2580La meilleure solution paraissait être de s’en tenir à l’écart.
Malheureusement, depuis la sortie de Twilight au cinéma, ils pullulent et vos amis brandissent sous vos yeux de volumineux exemplaires des premiers épisodes, tandis que des êtres au visage un peu trop pâle de papier glacé vous jettent des regards faussement profonds à chaque arrêt de bus.

Une fois le livre en votre possession, vous jetez un œil au premier chapitre ; lorsque vous levez les yeux, plusieurs heures ont passé (les prédateurs ont sur leurs proies un pouvoir irrésistible, vous venez justement de l’apprendre dans le roman).

Vous connaissez l’histoire ? Bella… Forks (bof) où son père est policier… Mike, Eric et les autres (tiens, personne n’a parlé de ses garçons ni des insipides Jessica et Angela dans son compte-rendu de lecture)… Et là, en cours de biologie (coup de foudre), Edward ! … visage marmoréen, corps sculptural, main froide comme la pierre (attention, ces métaphores reviendront plus souvent qu’à leur tour !)… oui, mais ténébreux… (Bella pourrait faire siens les vers de Louise Labé « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie, / j’ai chaud extrême en endurant froidure »)… mais finalement très très rassurant comme amoureux…

Curieusement, ce qui m’a vraiment frappée à la lecture de Fascination de Stephenie Meyer, c’est la parenté de structure entre ce premier volume et les premiers épisodes de l’autre série culte, Harry Potter. Dans les deux cas, le roman raconte d’abord la vie ordinaire de nos héros, en brossant efficacement le portrait de quelques personnages secondaires plutôt plaisants, comme les prétendants éconduits par Bella ou le père dépassé. La vie s’écoule avec une régularité presque cauchemardesque (pensez donc, Bella a tous les jours le même emploi du temps : littérature et langue vivante le matin, cantine, puis biologie et sport !  Et en passant : quel est ce pays de pollueurs où tous les élèves viennent au lycée en voiture ? Les transports scolaires n’existent pas, à Forks ?). Puis elle prend une autre saveur (celle du sang) à mesure que croît l’attirance pour et bientôt l’intimité avec le plus beau garçon du lycée : le magnifique Edward Cullen (sculptural, marmoréen). Nous voilà projetés dans un univers parallèle (pas si éloigné que ça de celui des sorciers) dont nous découvrons les lois avec l’héroïne, en même temps que l’histoire des personnages, les règles de leur sport préféré, leur ambiguïté essentielle (un vampire peut-il jamais être tout à fait bon ?) et leur relation compliquée avec l’humanité (qui m’a fait penser à l’atttraction-répulsion qu’exerçaient les Moldus). Pour finir, un peu d’action (pas la partie la plus intéressante), l’héroïne (comme le petit sorcier) affrontant le Mal en rassemblant tout son courage, protégée par une garde rapprochée exceptionnelle (mais dépassée).

Est-ce à dire que je n’ai pas été très emballée ? si, bien sûr. J’ai bien aimé cette héroïne maladroite et solitaire (même si l’évocation des contre-prouesses sportives de la demoiselle répond avec une exactitude de métronome aux descriptions du torse musculeux d’Edward et de ses prunelles revolver), j’ai bien aimé les palpitations hyperboliques des amoureux (quand elle ne tombe pas, Bella frôle la crise cardiaque, ce sont ses deux activités principales), j’ai bien aimé surtout les chapitres où ils s’apprivoisent et où sont dépeintes les affres de l’adolescence et la naissance de l’amour.
Si le début du roman est placé sous le signe de Jane Austen et de ses séducteurs glacés, Bella et Edward réunis ont un petit quelque chose de Juliette et Roméo, cette première nuit interminable et clandestine où ils échappent à la surveillance du naïf Charlie. Désir et mort réunis en un seul amant, et puis le lendemain le retour à la réalité, au monde extérieur dans lequel ils ne peuvent pas s’aimer…
Même si elle est un peu trop bavarde pour moi, cette série est vraiment plaisante. La suite !