Stupéfaction : le titre français veut-il vraiment dire quelque chose ? Tentation : tentation de mourir ? de passer de la splendeur d’une existence presque inhumaine à une stupide vie si « quotidienne » (avec un loup-garou, quand même) ?

Vertige arithmétique : vaut-il mieux vivre avec un vampire de 90 ans votre aîné que sa transformation a figé dans sa dix-huitième année, tandis que vous vieillissez inexorablement ? ou avec un loup-garou d’un an et quelques mois de moins que vous, vous dominant cependant de 40 cm par la taille et de quelques années (fictives) par les connaissances mécaniques et la bonne humeur ?
On peut aussi s’amuser à pratiquer quelques exercices géométrico-physiques sur le cœur de Bella : soit une béance aux bords à vif, laquelle peut s’élargir et se contracter, donnant à Bella l’illusion d’exploser en mille morceaux (extrême éparpillement du vide, vous me suivez ?). Cette souffrance insupportable peut aussi se multiplier : la défection de Jacob en pleine crise de transformation ne crée-t-elle pas un nouvel abîme dans le cœur de Bella, ce tonneau des Danaïdes ?

Référence littéraire : Roméo et Juliette. Déjà les amoureux transis se succèdent dans la chambre de Bella bien mal surveillée par Charlie, en une répétition incessante de la scène du balcon. Et puis : s’unir dans la mort ou accepter les compromissions de l’existence ? That is the question. Jacob héritant assez ingratement du rôle antipathique du comte Pâris. Et l’histoire se finissant en Italie pour faire bonne figure (le jovial Aro n’étant d’ailleurs pas sans rappeler Dumbledore l’enjoué). Au cours d’une fête costumée, comme lors de la première rencontre de Juliette et de son Roméo.

Sciences nat’ : pauvre Jacob… Ne subit-il pas une transformation assez proche de celle d’Edouard ? mais ces mutations horrifiques n’ont plus le charme de la nouveauté pour Bella… le garçon froid comme le marbre gagne haut la main contre le garçon aux paumes à 42° ! Si injuste, Edward et sa peau scintillante ressemblant vraiment trop au fantasme du prince charmant, au regret du premier amour si beau que ça ne sera plus jamais pareil…

Surenchère mécanique (trop d’émissions de CO2 encore dans ce volume !) : non seulement Bella roule encore avec sa vieille Chevrolet, mais on y trouve aussi de vieilles bécanes et une course contre la montre en voiture de sport et vol long-courrier écologiquement aberrante !

Enfin classification : Stephenie Meyer est une auteur Capricorne (chouette !). Qui d’autre pourrait choisir pour héroïne une jeune fille bougon et asociale dont les loisirs consistent à visionner l’intégralité des vidéos disponibles de Roméo et Juliette, quand elle ne se prend pas d’amitié ou d’amour pour les êtres tourmentés semi-humains des environs ? Et surtout qui d’autre pourrait ériger en idéal masculin un garçon au corps froid comme la pierre dont la fidélité absolue désespérerait le plus romantique des feuilletonistes ?