14 février 2009
A la folie
Dans Passion simple, Annie Ernaux raconte comment pendant quelques mois, elle a aimé passionnément un homme. Un amant qui s’il partage son désir ne partage peut-être pas sa passion, un étranger dont elle n’aimerait peut-être pas les travers s’il n’avait pas une aura exotique, un diplomate marié sur l’emploi du temps duquel elle n’a aucune prise : il lui annonce ses visites au téléphone, quelques heures avant de venir. Et elle vit dans l’attente. Une attente qui génère toutes sortes de superstitions pour contrer le manque, l’angoisse. La passion apparaît comme une obsession avilissante, tout en étant un degré d’existence supérieur, plus pur, plus absolu.
L’écriture blanche est d’une froideur paradoxale pour dire l’obsession et la sensualité. Mais en même temps, c’est bien une passion « simple » que dissèque Annie Ernaux : ce n’est pas la fusion du couple qu’elle étudie, mais l’exaltation et la souffrance de celle qui aime et est crucifiée.
« Quand j’étais enfant, le luxe, c’était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de la mer. Plus tard, j’ai cru que c’était de mener une vie d’intellectuel. Il me semble maintenant que c’est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme. »
Un conseil de lecture de Levraoueg.
Commentaires
Mais je ne l'ai même pas chroniqué sur mon blog ! En tous cas, ça me fait plaisir que tu te sois laissée tenter. Moi ce que j'avais aimé c'était de la voir retrouver du goût pour la variété, lire son horoscope... ezt donc redevenir une midinette, ou aussi ne plus passer l'aspirateur de peur de ne pas entendre le téléphone, etc. bref la justesse jusque dans les moindres détails.
Je suis bien contente que tu en parles! c'est un texte fort intelligent et tout ce qu'elle dit me paraît bien observé.
@levraoueg : en même temps j'ai l'impression que cette conversion en midinette la narratrice la vit dans la ferveur mais pas dans le bonheur...
@dominique : oui, l'analyse est très intéressante.
Lu il y a bien longtemps, mais je garde le souvenir de cette attente,un peu "torturante "...
J'ai hâte de lire ton billet sur "Magnus". Je ne l'ai pas encore lu mais ma première rencontre avec l'auteur a été un vrai coup de foudre !
Lecture presque finie, interrompue par une montagne d'obligations cette semaine... :)une chouette rencontre, effectivement
Ah Ernaux !
Si Annie Ernaux n'existait pas il faudrait l'inventer ! J'avais adoré Passion Simple mais mes deux préférés restent "ce qu'ils disent ou rien" et surtout "La Place". Dans le cadre de mon challenge littéraire de janvier, les lecteurs/trices de mon blog avaient voté pour "L'occupation"... (à ce propos, les votes pour le challenge de mars sont ouverts : sondage dans la colonne de gauche)
J'ai beaucoup aimé "La Place" aussi, mais je dois dire que "Les Années" ont supplanté tous les autres ! J'ai "Ce qu'ils disent ou rien", un roman cette fois, non ? je le lirai bientôt.
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