magnusMagnus est un jeune homme au corps solide, mais il porte le nom brodé sur l’écharpe d’un ourson en peluche, rescapé de son enfance. Ce nom masque le fait qu’il n’a pas de nom à lui et d’abord pas de mémoire, ou bien une mémoire bâtie sur des mensonges et des mythes familiaux qui lui sont étrangers.
A l’image de son héros qui change plusieurs fois de nom (il a d’abord un nom trop lourd, double, écrasant, puis se choisit des noms qui efface cette première histoire, sans savoir quel est encore son nom d’avant, le premier nom), le roman de Sylvie Germain est composite, tisse ensemble des fragments de souvenirs, d’amours perdus dans la maladie ou la vengeance, d’errances en Europe puis dans le Nouveau Monde. Noue ces fragments à des « notules », des « séquences », des « résonances », poèmes, bribes de discours, de dictionnaire, litanies.
Le souffle du monde extérieur, des écrits des autres, s’invite dans cette épopée d’un être sans passé, né avec la guerre, dont l’existence s’inscrit dans le siècle.
Histoire… et conte. L’écriture de Sylvie Germain a la pureté de ces histoires sans âge. Magnus doit grandir, mûrir, explorer le monde et affronter ses propres peurs. Il rencontre des ogres, des fées aimantes ou des princesses à sauver d’elles-mêmes, des moines pressentant leur mort.
Voilà une sorte de roman-monde, à la fois classique dans l’écriture et moderne dans la forme, revisitant les contes pour mieux les inscrire dans l’histoire récente. Un roman ambitieux récompensé, à fort juste titre, par le Goncourt des Lycéens.