19 mars 2009
Les paroles fantômes (sous la cendre de Pompéi – 2)
Il y a ceux qui prennent des notes sur les murs (olives préparées le…),
ceux qui affichent en rouge sur fond blanc leurs choix politiques (votez pour lui, il fait du bon pain !),
ceux qui se vantent d’avoir une copine plus belle que la Joconde (ou assimilée !),
ceux qui philosophent au comptoir (tu es mort, tu es une bille),
ceux qui déplorent l’éphémérité des choses, la vie perpétuellement chamboulée comme la lune changeante,
ceux qui insultent (I. gros nul),
ceux qui chantent l’ivresse (nous sommes des outres),
ou la vie du corps (j’ai mes règles) ( nous avons pissé au lit parce qu’il n’y avait pas de pot de chambre),
ceux qui offrent leur corps,
ceux que l’on a éconduits (c’est un rival qui écrit : elle n’en a rien à faire de toi),
ceux que l’on n’a pas invités (ceux chez qui je ne mange pas, je pense qu‘ils sont des barbares),
ceux qui coulent une vie « douce comme le miel »,
ceux qui voudraient bien…

Commentaires
Oui c'est toute une poésie populaire sur les murs de Pompéi, ombres vivantes d'une société qui s'exprime... Une chance que les autorités n'avaient pas encore imaginé de brigades anti-graffiti.
Je me souviens, lors d'une projection de El sur de Fernando Solanas, avoir rencontré un argentin qui avait fuit la dictature en son pays : il s'étonnait (c'était en 1995) de ne plus voir de graffiti sur les murs, ni politiques, ni poétiques (et c'est vrai qu'à part des signatures graphiques qui sont plus des marques territoriales, comme l'ours griffe les arbres, il n'y pas plus beaucoup de graffiti écrits, mais il en reste quand même beaucoup de graphiques, qui a leur façon, disent aussi des choses). Cet argentin trouvait cette absence de prise de paroles inquiétante car, disait-il, les graffiti sont l'expression de la bonne santé de la démocratie : tant qu'il peut exprimer ses craintes et ses joies sur les murs, dénoncer les abus, vider son sac, le peuple est encore vivant.
Et je le rejoins en partie, le peuple, comme l'individu, vit très mal le refoulement, le ravalement (de ses façades :)) de ses opinions, de ses craintes, de ses rêves... Alors bien sûr, les moyens de s'exprimer changent aussi et mon argentin exprimait aussi la nostalgie de cette poésie posée anonymement sur les murs depuis l'aube des temps... depuis Pompéi.
Arff oui ... quand je fais une séance sur les graffiti, je suis toujours obligée de censurer. Finalement nous n'avons pas beaucoup évolué. ;)
Sébastien : j'ai pensé à ton message lorsque, en route pour mon cours de coréen, un graffiti en grande lettres blanches m'apostropha : FAIT CE QUE TU VEUX DE TA VIE
PENSE PAR TOI MEME,
avec la faute de conjugaison (fautes fréquentes aussi sur les murs de Pompéi) qui donne toujours un caractère d'urgence impérieuse au message... en fait à première lecture j'avais lu "fais ce que tu veux de ma vie" mais la 2e phrase m'amena à rectifier... à moins qu'il ne s'agisse d'un dialogue ? (il y a ainsi des conversations fixées pour l'éternité sur les murs des tavernes...)
Leiloona : j'aime beaucoup cette verdeur du langage et cette impression de permanence...
grandeS lettres blanches...
Suite à ton billet, j'ai poursuivi mes recherches sur les graffiti et je suis tombé sur ce site qui en recense beaucoup, aussi pour les curieux du sujet : http://www.noctes-gallicanae.org/Pompeii/intro.htm
Ce site est une mine, il y a aussi de très belles épitaphes !
Et l'un de tes commentaires sur mes billets pompéiens m'a fait voir des villes fantômes partout (billet futur !);)
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