Il semble que le sanctuaire d’Isis retrouvé à Pompéi ait fasciné les visiteurs des XVIIIe et XIXe siècles : Mozart s’en inspire pour le décor de la flûte enchantée, Nerval lui consacre une nouvelle dans laquelle il rend compte du culte à la déesse et raconte sa visite à Pompéi, qu’il ne voulait pas voir gâchée, lui, par la compagnie pédante d’un « cicerone ».
Dans « Les derniers jours de Pompéi » d’Edward Bulwer-Lytton, la perspective est tout autre : le prêtre d’Isis, Arbacès, est le grand méchant, celui qui initie à d’inquiétantes orgies, qui officie entre la statue d’Isis à la « raideur hiératique » inquiétante, celle d’un « équivoque et énigmatique Bacchus », et d’autres représentations perverses, hérissées de griffes, de becs et de cornes. Il convoite la jolie jeune femme désirée par le héros et finit même par l’enlever.
C’est là qu’intervient le volcan : éminemment moral, le Vésuve empêche la souillure d’Ione et un bouleversement cosmique vient punir et arrêter l’infâme Arbacès. La terre tremble (c’est le tremblement de terre de 62, qui causa d’importants dégâts à Pompéi) et le Mal est terrassé.
Terrassé ? non, car l’infâme Arbacès n’a pas dit son dernier mot. Heureusement, le Vésuve veille…
Si je vous gratifie d’un résumé aussi naïf, c’est que mon édition l’est éminemment.
Dans mon édition, le héros est décrit ainsi : « Glaucus était riche ; il était beau, jeune et noble ; son esprit était vif, son cœur ardent, mais aucune ambition ne le dirigeait. » Le chapitre suivant s’ouvre ainsi : « Le lendemain de ce banquet, Glaucus constata qu’il n’était pas heureux. »
Le moins qu’on puisse dire, c’est que le raffinement stylistique, la finesse psychologique n’irradient pas ces passages de leur lumière aveuglante.
Il faut dire aussi que ce volume, trouvé chez un bouquiniste, arbore cette somptueuse couverture :

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Les statues aux traits idéaux évoquent une Antiquité figée pour toujours ; quant au Vésuve denté vomissant des flots de sang, comment dire ? il est d’un goût terriblement douteux.
En faisant quelques recherches dernièrement, mes yeux se sont soudainement décillés : ce que j’ai lu (avec une certaine passion car l’histoire est tout de même palpitante) est une adaptation (pour jeunes lecteurs) d’un roman assez érudit ; Bulwer-Lytton cite à plusieurs reprises le travail de l’un de ses amis, William Gell,  qui connaissait très bien le site, et il mêle à son intrigue des passages informatifs. Et il situe les péripéties de son roman dans des lieux réels : Glaucus le héros vit ainsi dans la petite mais confortable maison dite « du poète tragique ». Il faudrait donc que je me procure une édition plus complète de ce classique dont je garde quand même un excellent souvenir !

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