06 mai 2009

Ce qu’on appelle végétarien (pour les vampires) – repas dominical

J’ai fini depuis quelque temps déjà Hésitation et je n’ai pas grand chose à en dire : Edward est toujours aussi marmoréen, il y a encôôre un vampire sur les traces de Bella, on discute encôôre vampirisation. Pas grand-chose de neuf dans cet épisode, si ce n’est quelques scènes assez ridicules (ah Jacob jubilant de servir de bouillotte à Bella dans un sac de couchage, sous le regard offusqué – et glacial, bien sûr, du bel Edward) et le trophée de l’héroïne la plus tête-à-claques pour Bella et ses dilemmes (tout le monde veut la sauver, mais pourquoi n’irait-elle pas justement se jeter dans la gueule du loup – oups, pardon, je n’ai pas dit « loup-garou » - pour éviter que ses amis ses amours ne se sacrifient pour elle, histoire surtout de leur compliquer encore PLUS les choses ; on est bêtement humaine ou on ne l’est pas). Enfin, j’avais cru comprendre qu’il y avait hésitation, rivalité entre les deux personnages masculins, et bien en fait pas du tout, la situation ne me paraît vraiment pas ambiguë. Bon j’ai bien aimé malgré tout les légendes Quileute, qui m’ont fait penser à certains mythes comme l’intervention des Sabines dans la guerre entre leurs époux et leurs pères, même si, je sais, ça ne se finit pas du tout pareil.

tulipe_1Aussi ai-je envie de parler d’autre chose, d’un sujet dominical : la nourriture dans la saga Twilight.
Curieusement, la nourriture est justement un domaine dans lequel l’héroïne, d’ordinaire si maladroite, se sent à son aise. Innombrables sont les notations de préparations de repas pour son père, lequel se réjouit en particulier d’avoir récupéré sa fille parce qu’il mange beaucoup mieux qu’avant. Au début du tome 3, on le voit rater dramatiquement un plat aussi simple que des spaghetti à la tomate, probablement parce qu’il les a cuits dans une casserole trop petite et qu’ils se sont agglomérés ; par ailleurs, il ne sait pas qu’il faut retirer le couvercle d’un pot de sauce tomate. Bella, elle, sait tout cela, elle réalise même un peu plus tard un bœuf stroganov selon la recette de sa grand-mère, pour la plus grande béatitude de son père. Nous la voyons aussi très souvent faire la vaisselle. Ces activités domestiques semblent donc nous dire qu’elle est une fille responsable, une sorte de mère qui dorlote son propre père (ou remplace la femme enfuie).
La nourriture sert aussi à opposer les deux héros masculins : l’un ne mange rien, l’autre dévore. Si le vampire regarde sa bien-aimée déjeuner et s’esquive durant le dîner chez les Swan, le clou de la soirée Quileute pourrait être Jacob mangeant une vache, et on sait depuis le volume précédent que nourrir un loup-garou est une opération chronophage, vu tout ce qu’il faut préparer.
Difficile donc d’envisager un repas en amoureux : préparer un petit plat pour un beau vampire qui ne le mangera pas ou se faire piquer son dessert par un loup-garou affamé ?
Pourtant, c’est bien dans un contexte alimentaire que la rencontre amoureuse a lieu : le premier regard, c’est à la cantine qu’il est échangé. Premier regard entre un jeune homme au teint livide occupé à ne pas manger le contenu de son plateau et une Bella qui ne tardera pas à ne plus manger, l’estomac tordu par la timidité et l’amour.
Des amoureux vivant d’amour et d’eau fraîche…
tulipe2Alors quoi ? cette absence de prise de nourriture atteste du statut presque divin, en tout cas surnaturel, d’Edward ; aux dieux, il faut à dîner autre chose, que cela soit de l’ambroisie… ou de la chair, par l’intermédiaire des sacrifices dont les fumées sont censées les régaler.
Comme les dieux, les Cullen ont pouvoir de vie et de mort sur les hommes qui les entourent. Heureusement, ils ont choisi d’être végétariens.
Le terme a de quoi interpeller. Il est utilisé à titre de comparaison par Edward pour expliquer à Bella que les vampires se privent de leur nourriture naturelle, le sang humain, au profit d’un substitut : le sang des bêtes. Dans la suite de la saga, le mot est régulièrement réemployé. On peut trouver ça amusant, se dire que le végétarisme a le vent en poupe, puisque les vampires les plus sympas et les plus mode ont choisi d’emprunter cette voie de traverse, ont préféré ne pas se rassasier d’une nourriture qui contrariait leur éthique.
En même temps, cette définition du végétarisme a quelque chose de singulièrement triste : être végétarien, c’est renoncer, se priver de ce que vous aimez et qui vous fait terriblement envie. Comme si le repas végétarien était forcément une pénitence…
DSCN3188On voit finalement que, derrière les régimes alimentaires des deux héros masculins, il y a certaines valeurs : les loups-garous se réunissent pour partager un barbecue, vivent en meute, dans une communauté de pensées… Ils sont du côté de la convivialité, de la fête. Les Cullen (qui sont accueillants aussi, mais pas aussi exubérants que Jacob) apparaissent plutôt comme des êtres de devoir (surtout Edward !), faisant passer leurs convictions avant leur plaisir. On est loin du vampire nocturne et pulsionnel, le vampire nouveau réfléchit avant de croquer. La chair est triste, hélas, chez les Cullen (et je ne suis pas sûre de lire le 4e volume !). La belle choisira-t-elle le plaisir ou le devoir ? je crois que Bella, âme sœur d’Edward dans le goût du sacrifice, ne saurait vraiment hésiter… Brrr !

PS : oui, je tente une pathétique parodie des couvertures de Twilight.
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PS : eh bien moi, j’ai cuisiné en finissant Hésitation des spaghetti (hommage à Charlie, mais j’avais pris une casserole assez grande) au tofu fumé grillé (hommage à Edward). Avec un trait d’huile de sésame, c’était (à défaut d’être photogénique) pas mauvais du tout.
Une autre recette pour vampire végétarien

Posté par rose_a_lu à 16:48 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
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Commentaires sur Ce qu’on appelle végétarien (pour les vampires) – repas dominical

    Est-ce que cela signifie que tu es végétarienne ?

    J'aurais été bien intéressée par "Nous disparaissons" mais j'ai trop de livres en prêt chez moi , je suis obligée d'y renoncer ! Mais quelle belle proposition de ta part ! Merci !

    Posté par Manu, 06 mai 2009 à 18:29 | | Répondre
  • J'aime beaucoup ton billet ! La conception du végétarisme par la famille Cullen est toutefois un peu particulière !
    Je n'ai jamais testé l'huile de sésame sur les spaghettis, mais ça semble savoureux ! As-tu essayé aussi avec un pesto tofu / basilic (ou poivrons rouges) ? c'est délicieux !
    Je t'envoie un petit mail pour "nous disparaissons", ton billet m'avait beaucoup tentée.

    Posté par virginie, 07 mai 2009 à 09:00 | | Répondre
  • Je ne connais pas la saga mais ton billet et la réflexion sur le végétarisme sont très intéressants...

    Il y a, je pense, souvent derrière le contrôle alimentaire (contrôle qui est le plus souvent dans la rétention que dans la propension d'ailleurs) une part religieuse, sinon rituellique : le jeûne, l'interdiction de certains aliments ou de certaines classes d'aliments... sont souvent dictés par des rites religieux.

    Il y a bien sûr, à l'origine, la concomitance entre l'appétit nutritionnel et l'appétence sexuelle : manger, au-delà du besoin, dans une recherche des excitations olfactives ou gustatives c'est chercher une certaine forme de jouissance, de satisfaction du corps, c'est avoir une approche buccale de la connaissance du monde (qui est l'une des toutes premières découvertes du monde que fait le nourrisson); ce qui ne s'accorde pas bien sûr avec certaines religions pour lesquelles la foi s'exprime par un renoncement de ces instincts pulsionnels et primitifs, par une abnégation de soi pour une affirmation d'un dieu, par une connaissance du monde uniquement spirituelle.
    Plus radicalement, subordonner sa nourriture à un strict contrôle - c'est à dire en-deçà des besoins nutritionnel - c'est refuser la bête désirante qui est en nous (oui les loups garous n'y arrivent jamais la nuit venue), c'est exclure la part de la nature qui nous colle à la peau, mais c'est le seul chemin (nous disent certaines religions) pour accéder au sacré, au divin (ce qui explique peut-être ici l'attitude d'Edward).

    Dans l'abstinence nutritionnelle amoureuse (dans le vivre d'amour et d'eau fraîche) on peut y voir simplement la substitution complète d'un appétit pour un autre : je ne mange pas parce que l'objet de mon désir, l'ensemble de mes besoins se concentrent sur l'être aimé. Il y a derrière cette attitude le souci de ne pas laisser parasiter un désir par un autre, l'envie de conserver ce désir dans une unicité et une pureté qui démontrent à l'autre l'intensité de son amour...

    Les modes alimentaires soulèvent finalement des questions anthropologiques intéressantes que l'art ne peut pas ignorer... Tiens avec tout ça, ça m'a donné envie de relire le Dîner de Babette de Karen Blixen (qui ironiquement mourut de malnutrition suite à un ulcère gastrique) et qui sait d'en faire un petit billet

    M'enfin! tu vas rester encore un peu dans le régime alimentaire avec Alice et sa triste anorexie...
    Bonne lecture !

    Posté par Sébastien, 07 mai 2009 à 10:55 | | Répondre
  • @Manu : non, je ne suis exactement végétarienne mais je cuisine peu de viande ; et, s'il est vrai que l'on choisit d'être végétarien, cela ne me semble pas un choix éthique nécessairement frustrant. D'ailleurs, l'idée de trouver des "substituts" à la viande me paraît curieuse ; le tofu mis à part ses qualités nutritionnelles n'a rien à voir avec la viande, alors évidemment cela paraît un substitut moins savoureux... mais il y a plein de recettes très goûteuses qui ne sont pas simplement des dérivés, des imitations des plats carnés.
    Pour "Nous disparaissons", la proposition vaut aussi pour plus tard, alors n'hésite pas si tu es prise d'une soudaine envie de le découvrir
    @virginie : je note ta recette (et j'adore l'huile de sésame, j'en mets partout...). Ok pour "Nous disparaissons" !
    @Sébastien : dans le cas d'Edward, la privation de sang humain est une métaphore de l'abstinence sexuelle (le sang de Bella lui fait pourtant tourner la tête... en tout cas dans le premier volume, parce qu'ensuite ses pulsions ne sont plus très inquiétantes)... mais, pas avant le mariage, a décidé Stephenie Meyer...
    Quant au "festin de Babette", je crois que je le connais par le film, mais les "cailles en sarcophage" m'avaient beaucoup marquée !

    Posté par rose, 08 mai 2009 à 00:21 | | Répondre
  • Je suis admirative des végétariens, en fait ! Merci pour ta gentille proposition !

    Posté par Manu, 08 mai 2009 à 17:21 | | Répondre
  • Les seuls aliments qui ont un goût, lorsqu'ils ne sont pas apprêtés( je veux dire même pas cuits) sont certains légumes (les navets curieusement bien frais ont du goût, les carottes sont parfois assez sucrées, la plupart des variétés de choux) les fruits, et les crustacés naturellement salés.
    La viande non apprêtée, cuite ou non, n'a aucun goût, ou presque pas.
    Qu'est-ce que je veux dire par là? Rien de spécial. Juste parler. Je ne suis pas végétarienne, mais j'aime beaucoup moins la viande qu'auparavant.
    Je mange pas mal de "cru" ce qui souvent rebute les gens...
    Les vampires, les vrais, sont contraints de sucer le sang de leur victimes, ça ne leur plaît pas, ce n'est pas la fête, dirais-je! Je ne suis pas opposée à ce que les vampires évoluent. Ils pourraient commencer par se mettre au boudin noir ( d'animal) première étape vers la civilisation.
    Faut-il de la viande pour faire la fête? Faut-il tuer le veau gras pour chaque réjouissance d'envergure?
    En principe, oui, mais...
    On peut faire la fête avec des fruits et des légumes. Heu, si l'on fait de la sangria, c'est plus réussi, bien sûr!

    Posté par dominique, 18 mai 2009 à 21:05 | | Répondre
  • Le boudin n'est pas assez glamour pour nos vampires nouvelle génération (ou peu consommé aux USA ?), ils chassent l'ours et autres grosses bêtes.
    Et très bonne conclusion !

    Posté par rose, 18 mai 2009 à 22:37 | | Répondre
  • Super, ton billet...
    Une amie végétarienne me faisait justement la remarque il y a peu: tous les végétariens ne sont pas aussi frustrés que les vampires Cullen...
    J'en déduis que tu n'as pas encore lu le 4... Parce que si mes souvenirs sont bons, il y a dedans un passage très intéressant sur Bella et la nourriture cette fois. Sinon, le 4 est assez décevant je trouve.

    Posté par Elzevier, 24 mai 2009 à 13:24 | | Répondre
  • Tu déduis bien ; et ton commentaire me donne envie de lire le tome 4 (pour connaître ce passage très intéressant) et en même temps de ne pas lire le tome 4 (s'il est plus décevant que le tome 3, qu'est-ce que ça va être !)

    Posté par rose, 24 mai 2009 à 15:37 | | Répondre
  • Je n'aurais pas pensé à mélanger tohu et spaghettis mais pourquoi pas! En tout cas voilà qui ouvre des horizons intéressants sur la saga! J'étais passée totalement à côté!

    Posté par chiffonnette, 09 juin 2009 à 21:26 | | Répondre
  • Avec de la crème, ça donne une variante des pâtes à la carbonara ; et comme j'ai un coeur de pierre, il me fallait un autre angle d'attaque pour la saga

    Posté par rose, 10 juin 2009 à 17:44 | | Répondre
  • Cela m'avait interpellé aussi ce "végétarisme" dans le film. J'aime beaucoup ton approche de cette nourriture plaisir, de contrôle ou sexuelle.

    Posté par VanessaV, 22 septembre 2009 à 19:07 | | Répondre
  • Pas vu le film encore et pas du tout avancé dans la saga... tant pis pour le dénouement !

    Posté par rose, 22 septembre 2009 à 21:17 | | Répondre
  • Un grand merci pour ce billet jubilatoire ! Le pire c'est que tu me donnes enfin envie de sortir le premier tome de Stephenie Meyer qui comate dans ma PAL depuis le début du phénomène (je l'avais acheté avant et j'ai parfois l'esprit de contradiction). (PS : ah bon il faut ouvrir le pot de sauce tomate ?!)

    Posté par Lou, 15 avril 2010 à 21:03 | | Répondre
  • Oui, il faut ouvrir le pot avant de le mettre au micro-ondes ! on en apprend des choses avec Twilight !

    Posté par rose, 15 avril 2010 à 23:17 | | Répondre
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