Pendant les quelques jours de grande chaleur de la semaine dernière, je me suis plongée dans un roman rafraîchissant, et pas seulement parce qu’il ne cesse d’évoquer les tempêtes de neige qui empêchent la circulation automobile entre le Wisconsin et le Michigan, la neige dans laquelle on peut se coucher un après-midi durant avec son amoureuse pour regarder le ciel, les classes de ski qui permettent certaines rencontres inoubliables… mais aussi, donc, parce qu’il raconte l’histoire d’un premier amour. La merveille en question est un roman graphique de Craig ThompsonBlankets (Manteau de neige).

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Un roman, ou plutôt une sorte d’autobiographie. Craig Thompson y évoque son enfance, dans une famille pauvre (la maison sous la neige est mal chauffée, et Craig et son frère se réchauffent en dormant dans le même lit) et très religieuse (la religion est d’ailleurs un réconfort pour Craig, enfant petit, fragile et maltraité qui se réfugie dans le dessin). A l’occasion d’un camp de ski (la religion est au programme tout de même), Craig rencontre Raina, une jeune fille lumineuse avec laquelle il entretient une correspondance amicale et bientôt amoureuse (le roman éveillera d’agréables souvenirs chez les fervents de la correspondance et de l’attente impatiente de lettres merveilleuses et de colis renfermant des cassettes enregistrées à la maison et des bijoux tout aussi artisanaux). Craig rend bientôt visite à Raina chez elle, durant quinze jours enchantés et forcément décevants (chaque instant ne peut pas être merveilleux).
Ils se ressemblent, par leur pureté et leur refus des compromissions ; et ils sont différents. La famille de Craig lui est presque devenue étrangère (il y a dans l’éloignement des frères un secret assez douloureux), tandis que Raina s’est chargée de la responsabilité de sa famille qui se défait (les parents sont en plein divorce, et ils ont adopté deux enfants handicapés). Elle a trouvé sa place à l’école, tandis que Craig est plutôt rêveur et peu intégré. Cette rencontre sera pour lui décisive, tandis que Raina, elle, est fascinée par son don pour le dessin et apaisée par son soutien.
Il s’agit donc pour l’auteur de dire l’importance de cette muse, qui l’a amené à devenir artiste et l’a aidé à prendre des distances avec le milieu très religieux dans lequel il a grandi, à prendre conscience que sa foi était plus une carapace contre le monde extérieur qu’une véritable vocation.
Le dessin est splendide, mêlant trait épuré et tourbillons expressionnistes, à l’image du couvre-lit en patchwork que lui offre Raina. (J’ai hélas rendu le livre à la bibli, il faut me croire sur parole)
On sort très ému de cette histoire qui s’achève dans une grande blancheur, celle de la séparation, certes, mais aussi celle de la page à dessiner, de la vie à inventer.

Un roman apprécié aussi par Erzébeth, Sylvie, Cachou, Flo ou Brize.

Et quelques brouillons et photos de l'époque (c'est amusant de voir le personnage de Blankets en vrai) sur le blog de l'auteur.