Attention, excellent roman graphique !

… ça commence par des adolescents campagnards qui bombardent une voiture… avec des œufs. A l’intérieur, Beth, la gérante d’une « retraite pour écrivains », et Glen Larson, venu écrire au calme son grand œuvre, qui commence à plastronner en regrettant l’absence d’intention de ces gamineries. Relisez mon titre : voilà ce que les voyous auraient dû se dire… et voilà exactement ce que va faire Posy Simmonds dans Tamara Drewe !

Inspiré d’un roman de Thomas Hardy (Loin de la foule déchaînée), ce roman graphique étudie le petit monde snobinard et jaloux de la littérature. Soit donc une maison d’écrivains, gérée par la dévouée Beth, l’épouse in-dis-pen-sable et maternante de Nicholas Hardiman, l’auteur d’une série de romans policiers à succès. Tout va pour le mieux dans ce petit paradis pour artistes où le silence religieux et le respect des bizarreries de chacun sont des impératifs capitaux, quand débarque l’héritière de la ferme voisine, Tamara Drewe. La jeune fille insipide d’autrefois s’est fait refaire le nez et tient une rubrique dans un magazine (à la Carrie Bradshaw) : elle attise les convoitises et les jalousies…

Tous les personnages font sourire, sans être jamais des caricatures. Mais quelle virulence dans les portraits ! personne n’est épargné, de la journaliste trop sûre d’elle-même, « complétant » son image glamour en sortant avec une rock-star, à ladite rock-star malpolie et blasée, tout juste bonne à faire fantasmer les adolescentes, de l’épouse d’écrivain étouffante, rongée par la frustration, à l’auteur de polar infidèle et imbu de lui-même…

Plus tendres sont les portraits de deux adolescentes du village, Jody et Casey. Leur vie est si ennuyeuse et leurs rêves si grands qu’elles se mettent à épier Tamara et son amant, et à intervenir dans leur existence de façon catastrophique…

tamara


On a peine à croire que la BD s’inspire d’un roman du XIXe siècle tant elle intègre avec habileté les nouveaux moyens de communication, email envoyé sans en peser les conséquences, portables prenant des photos compromettantes et tutti quanti, et tant les personnages nous paraissent proches. L’intrigue est bien menée, drôle, cruelle, audacieuse, et, cerise sur le gâteau, le graphisme est original : il ne s’agit pas d’une BD traditionnelle, Tamara Drewe mêle une narration (avec des variations de points de vue) à des images. Parfois celles-ci complètent le texte, l’illustrent avec humour, parfois elles se substituent à lui. Mais le fait que l’on ne sache pas toujours où donner de la tête ou par quoi commencer n’empêche jamais d’être complètement plongé dans l’histoire.

Découvrez Tamara Drewe, c’est une lecture complètement jubilatoire !

L'avis de Marie (qui donne le lien pour relire Tamara en anglais dans le Guardian !)