Alors qu’il faut renoncer aux après-midis ensoleillés de farniente, quelques souvenirs de vacances de la ville aux deux tours (penchées comme toute bonne tour italienne immortalisable par les photographes amateurs ; non, nous ne sommes pas à Pise, mais à Bologne, la Rouge, la Savante, dit-on aussi).
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A la sortie de la gare déjà, une publicité annonçait :
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La lecture est la nourriture de l’esprit.

Cette ville universitaire cache dans un palais ancien une bibliothèque lumineuse ; sous les pieds des visiteurs, le tracé de l’ancienne voie romaine. Remarquez la forme des fauteuils et leurs appui-livre (ou ordinateur).
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Prenant le train, je suis allée vérifier que le souvenir des Finzi-Contini imprégnait encore Ferrare. Les jardins immenses cachés derrière de grands murs, les arbres centenaires tordus évoquaient bien le jardin de Micol, si grand que la maison (que les jeunes gens de Ferrare venus jouer au tennis rejoignaient à vélo) semblait un refuge sûr pour la vieille famille juive. Il règne dans la Chartreuse une mélancolie tout aussi évocatrice.
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Dans l’ancien quartier juif aux ruelles étroites (où l’on déguste de délicieuses pâtes fraîches fourrées au potiron et à la ricotta), j’ai retrouvé par hasard l’école de Giorgio Bassani.
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A Ravenne, j’ai eu quelque peine par contre à trouver le tombeau de Dante. Un panneau annonçait que les ossements du poète avaient un temps été placés sous un monticule de verdure que je photographiai. Autour, il y avait plusieurs sarcophages, que je photographiai aussi ; mais c’est finalement dans une chapelle attenante que reposait le poète de la Divine Comédie.
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Le soir, il faisait encore doux à Bologne et l’on pouvait s’asseoir Piazza Maggiore pour regarder les films diffusés « sotto le stelle » de la plus belle place de la ville. La nuit tombait tandis que s’enchaînaient les orateurs (tradition d’éloquence qui ne semble pas s’être démentie depuis l’Antiquité). Et puis ça commençait. « E.T. » en italien (prononcez E-té), un court-métrage des années 30 rendant hommage à la radio, des films muets racontant des voyages sur la Lune.

Le dernier matin, j’ai vu à la bibliothèque musicale une trompe marine qui a subitement éclairé le vers d’Apollinaire « Et l’unique cordeau des trompettes marines » ; et une « lyre de scène », instrument de parade pour les Orphées des opéras. J’étais ravie.

Que lire en Emilie-Romagne ? Bassani ou Dante si vous voulez. Je n’ai pas poussé jusqu’à Rimini, mais je sais qu’au-delà de cette station balnéaire très courue on trouve encore Riccione, plage chic qui est aussi la ville d’adolescence d’Isabella Santacroce. Son premier roman, Fluo, est la chronique d’un été d’adolescence à Riccione.

narratori_delle_pianureMais, moi, j’ai lu Gianni Celati. Dans Narrateurs des plaines, il collecte des histoires au fil de la plaine du Pô, de Gallarate à Sottomarina en passant par Milan, Piacenza, Modène ou Ferrare. Ces récits sont drôles et mélancoliques, et la plupart du temps porteurs d’une sagesse un peu loufoque et d’une interrogation sur le sens de la vie et la marche du monde. On y apprend pourquoi une jeune femme japonaise qui croit au destin ne pourra jamais épouser un industriel milanais amoureux d’elle, comment un typographe à la retraite mène ses recherches pour découvrir ce qui pousse le monde à aller de l’avant ; on verra un tueur repenti revenir sur les lieux où on l’a soupçonné – à tort ; trois excellents joueurs de foot amateurs se révéler incapables de jouer dans des matchs professionnels ; des enfants découvrir que la vie est ennuyeuse…