08 septembre 2009
Souvenirs d’Emilie-Romagne
Alors qu’il faut renoncer aux après-midis ensoleillés de farniente, quelques souvenirs de vacances de la ville aux deux tours (penchées comme toute bonne tour italienne immortalisable par les photographes amateurs ; non, nous ne sommes pas à Pise, mais à Bologne, la Rouge, la Savante, dit-on aussi).
A la sortie de la gare déjà, une publicité annonçait :
La lecture est la nourriture de l’esprit.
Cette ville universitaire cache dans un palais ancien une bibliothèque lumineuse ; sous les pieds des visiteurs, le tracé de l’ancienne voie romaine. Remarquez la forme des fauteuils et leurs appui-livre (ou ordinateur).
Prenant le train, je suis allée vérifier que le souvenir des Finzi-Contini imprégnait encore Ferrare. Les jardins immenses cachés derrière de grands murs, les arbres centenaires tordus évoquaient bien le jardin de Micol, si grand que la maison (que les jeunes gens de Ferrare venus jouer au tennis rejoignaient à vélo) semblait un refuge sûr pour la vieille famille juive. Il règne dans la Chartreuse une mélancolie tout aussi évocatrice. 
Dans l’ancien quartier juif aux ruelles étroites (où l’on déguste de délicieuses pâtes fraîches fourrées au potiron et à la ricotta), j’ai retrouvé par hasard l’école de Giorgio Bassani.
A Ravenne, j’ai eu quelque peine par contre à trouver le tombeau de Dante. Un panneau annonçait que les ossements du poète avaient un temps été placés sous un monticule de verdure que je photographiai. Autour, il y avait plusieurs sarcophages, que je photographiai aussi ; mais c’est finalement dans une chapelle attenante que reposait le poète de la Divine Comédie.
Le soir, il faisait encore doux à Bologne et l’on pouvait s’asseoir Piazza Maggiore pour regarder les films diffusés « sotto le stelle » de la plus belle place de la ville. La nuit tombait tandis que s’enchaînaient les orateurs (tradition d’éloquence qui ne semble pas s’être démentie depuis l’Antiquité). Et puis ça commençait. « E.T. » en italien (prononcez E-té), un court-métrage des années 30 rendant hommage à la radio, des films muets racontant des voyages sur la Lune.
Le dernier matin, j’ai vu à la bibliothèque musicale une trompe marine qui a subitement éclairé le vers d’Apollinaire « Et l’unique cordeau des trompettes marines » ; et une « lyre de scène », instrument de parade pour les Orphées des opéras. J’étais ravie.
Que lire en Emilie-Romagne ? Bassani ou Dante si vous voulez. Je n’ai pas poussé jusqu’à Rimini, mais je sais qu’au-delà de cette station balnéaire très courue on trouve encore Riccione, plage chic qui est aussi la ville d’adolescence d’Isabella Santacroce. Son premier roman, Fluo, est la chronique d’un été d’adolescence à Riccione.
Mais, moi, j’ai lu Gianni Celati. Dans Narrateurs des plaines, il collecte des histoires au fil de la plaine du Pô, de Gallarate à Sottomarina en passant par Milan, Piacenza, Modène ou Ferrare. Ces récits sont drôles et mélancoliques, et la plupart du temps porteurs d’une sagesse un peu loufoque et d’une interrogation sur le sens de la vie et la marche du monde. On y apprend pourquoi une jeune femme japonaise qui croit au destin ne pourra jamais épouser un industriel milanais amoureux d’elle, comment un typographe à la retraite mène ses recherches pour découvrir ce qui pousse le monde à aller de l’avant ; on verra un tueur repenti revenir sur les lieux où on l’a soupçonné – à tort ; trois excellents joueurs de foot amateurs se révéler incapables de jouer dans des matchs professionnels ; des enfants découvrir que la vie est ennuyeuse…
Commentaires
Oui, la lecture est bien la nourriture de l'esprit! A Vienne j'avais vu une affiche; on peut se passer de tout, sauf des livres et des chats (il faut quand même manger, non?)Ça me fait beaucoup de bien de voyager avec toi; de petites ruelles, la poésie, cette belle bibliothèque. Le Souvenir du jardin des Finzi-Contini est un livre vraiment magnifique. On va en Italie en octobre mais plutôt à Trieste, Venise, Verona et Vicenza; j'espère pratiquer mon italien un peu (pas très avancé) et m'acheter quelques livres, dont le Celati peut-être.
Il ne faut surtout pas se passer de manger en Italie et à Vienne non plus sans doute (je ne connais que de réputation ses pâtisseries et ses chocolats chauds)! Je ne suis encore jamais allée dans la région de Venise, j'espère que tu nous raconteras. Le recueil de Celati est bien pour se remettre à l'italien car les histoires sont courtes, mais peut-être un peu répétitif (beaucoup de récits à questionnement existentiel !).
Envie immédiate de partir en Italie... dont je ne connais que Rome, Florence, Venise (ma préférée. Souvenir impérissable. Prendre le bateau pour l'île des morts, le monastère arménien. L'enfilade des ponts. Les rues emmêlées. Le petit voyage à Vincenza). J'ai très envie d'aller à Napoli (et pas que pour vérifier s'il y a peu d'endroits pour s'asseoir), prendre le bateau, encore, pour Capri, Ischia et tout ça...
Le Bassani était chouette! (en fait je l'avais commencé dans la salle d'attente de madame C. et j'avais trouvé ça si bien que je me suis précipité pour l'acheter en sortant de la séance)
Ne pas prononcer "l'île des morts" devant moi, ça me fait immédiatement penser au tableau de Böcklin si fascinant...
Capri, le bateau, tout ce versant de la dolce vita, je ne l'ai pas expérimenté encore, mais j'adorerais (et j'ai aussi un livre pour ce voyage : les Lettres de Capri, sublimes). Quand j'étais petite, il y avait un feuilleton à cinq sous dans le journal de ma grand-mère qui parlait des falaises d'Ischia et ça me faisait rêver.
Quant au Bassani, mon passage préféré c'est le début, la naissance du souvenir, la petite fille et l'excursion aux tombeaux étrusques...
L'Italie n'est pas un pays qui m'attire énormément. Je n'y suis jamais allée que dans des stations balnéaires assez courues et à Venise pendant mon enfance. Mais ton reportage me donne une autre vision de ce pays.
Manu, voilà une révélation qui me fait saigner le coeur ! L'Italie c'est si beau (syndrome de Stendhal) ! Bologne et ses environs sont idéalement peu touristiques (le gros des vacanciers est à Venise, Florence, Rome et Naples) mais très séduisants...
Ah l'Italie, j'en rêve depuis longtemps! Et comme tu rends ce rêve encore plus présent...
En vrai, c'est encore mieux ;)
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