Curieux comme après les vampires végétaux en manga, je tombe sur ce roman coréen dans lequel les personnages rêvent qu’ils sont changés en arbre et entretiennent avec les plantes des relations pleines de tendresse et de compréhension.

La vie rêvée des plantes de Lee Seung-U raconte la recomposition d’une famille, invisiblement disloquée par deux drames : le premier secret appartient à la génération des parents, et sera révélé au héros, étudiant raté, fils fugueur qui s’est reconverti en détective privé, par l’intermédiaire d’un commanditaire anonyme qui le paie pour prendre sa mère en filature.

Le deuxième drame est celui de la génération suivante : c’est une histoire d’amour et de jalousie entre les deux fils du couple. Le fils cadet (le détective) est tombé amoureux de la copine de son frère, la jolie Sunmi, et pour se venger de son indifférence a vendu l’appareil-photo de son grand frère, son rival, après avoir été rossé pour son indiscrétion (il ne perdait aucune occasion de s’introduire dans la chambre de son frère pour écouter les cassettes que Sunmi enregistrait pour celui-ci et en particulier une chanson qui était une déclaration d’amour : prends mon cœur en photo, mon photographe).

Cet acte de vengeance apparaît comme une sorte de péché originel, car, comme souvent dans les romans coréens, l’histoire tourmentée du pays prend la relève du frère dans la cruauté : l’appareil contient une pellicule, des clichés d’une manifestation contre le régime, le grand frère est arrêté, puis envoyé au front où il perd ses jambes. Le garçon adoré n’est plus que l’ombre de lui-même, sujet à des crises incontrôlables, et Sunmi n’est plus là.

C’est par de curieuses images végétales que le chemin vers l’apaisement sera illustré : l’enlacement dynamique de deux grands arbres qui fascine le frère, l’existence improbable d’un palmier sur une plage coupée du monde… Ces images sont pour une part empruntées à la mythologie gréco-romaine, font référence aux nymphes échappant à leurs ravisseurs en se changeant en arbres, ce qui est assez inattendu dans un roman oriental. Quant au personnage tiers, il devra apprendre à ne pas s’immiscer entre les amoureux, à ne pas réitérer la trahison, mais à se comporter à l’image du père, qui soigne amoureusement ses plantes et leur parle.

C’est un étrange roman à la fois très cru et très délicat, déroutant d’abord jusqu’à ce que les histoires des deux générations apparaissent comme deux versions de la même situation, permettant à chacun de trouver sa place au sein de la famille et d’accéder à une forme de bonheur.