La poésie, les chansons d’amour. Bien sûr, une belle chanson d’amour, ça tient autant à la conviction de l’interprète qu’au texte et à la mélodie. Christophe Honoré interrogé au moment de la sortie de ses « Chansons d’amour » citait je ne sais plus quelle chanteuse dont l’aveu de désolation pouvait suffire à l’émouvoir.  Je me rends compte que mes préférences sont un peu faussées, puisque spontanément je pense lorsqu’on dit « chansons d’amour » à des poèmes mis en musique, à Aragon et Ferré, à « Il n’aurait fallu / qu’un moment de plus / pour que la mort vienne / mais une main nue… ». Mais aussi à quelques chansons mystérieuses de Dominique A, sur l’album Auguri que j’ai écouté en boucle, la ritournelle insolente Je t’ai toujours aimée, l’atmosphère trouble du Commerce de l’eau et le sang fatal du personnage de Pour la peau. (J’aurais pu écrire ce billet l’année dernière lorsque l’on me proposa en guise de chansons d’amour quelques déclarations insipides, métaphores faciles ou argumentations fatigantes sur pourquoi tu m’as quitté).

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Il se trouve que Dominique A était en concert ces derniers jours ici. L’occasion d’écouter combien son écriture a évolué, épurée des longueurs, avec toujours quelques obscurités mais surtout cette curieuse façon de se poser des questions que je me pose aussi et de le dire en si peu de mots si justes, de suggérer quelque chose de quotidien en y injectant quand même de l’étrange.
Sa musique aussi a évolué. En moins bien, me glisse-t-on à côté (c’est qu’on l’écoute depuis ses débuts). Mais non, finalement, ou bien peu importe, puisque c’est aux dernières chansons que je suis le plus attachée, à « Auguri », aux voyages dans un camion, à la recherche du sens, au sentiment d’être immortels , aux dépaysantes étendues...

 

Le concert était bien, juste un peu froid, mais même cette distance ne m’a pas vraiment déçue. Parce que les comptines obscures que j’ai écoutées et réécoutées dans la nuit des embouteillages, comment me les restituer, intimes chansons d’amour, dans cette salle spacieuse, avec tous ces gens ?
Reste que j’étais contente aussi d’avoir partagé ces chansons avec "tous ces gens". Derrière moi, la jeune femme au rire un peu strident. Devant, les amoureux placides. La dame seule à côté, qui applaudit avec une vigueur peu commune en attendant les rappels.

En tout cas, en renouant avec quelques souvenirs de concerts passés au moment de rentrer dans la salle, c’est aussi à ce billet de Patoumi que je pensais et à cette curieuse relation qu’elle a nouée avec son chanteur préféré.

Au hasard du Net, je tombe sur une confrontation pour les Inrockuptibles de Dominique A et du dessinateur Luz, auteur de "J'aime pas la chanson française", une BD qu'on nous a prêtée sachant justement qu'on allait au concert de Dominique A (et qui s'en prend assez peu à lui, mais bien plus au chanteur de patoumi ; sachant que c'est l'une des planches les plus gentilles qui m'a le plus fait sourire, Vincent Delerm reprenant au piano le refrain de Trust à sa manière : Antisocial tu perds ton anchois).

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