L’un de mes films préférés est un film de Georges Franju, Les Yeux sans visage. Dans un noir et blanc expressionniste, nous voyons une femme mystérieuse enlever des jeunes filles dans une voiture qui n’est pas sans rappeler une mythique 2CV  et les livrer à un diabolique professeur. Les étages de la clinique sont hantés par un fantôme mélancolique : c’est la fille du professeur, défigurée dans un accident de voiture. Elle porte un masque blanc, elle ressemble à un Pierrot égaré chez les hommes, elle est toujours accompagnée d’une petite musique rêveuse ; l’obsession de son père est de lui rendre un visage, à tout prix…

monstresC’est parce qu’il était question du film que je me suis plongée dans « Les monstres au cinéma » publié fort pédagogiquement par Armand Colin, au même titre que des études sur les « hommes-objets » qui devraient facilement trouver leur public ou les « grands pervers » (idem). L’auteur, Eric Dufour, est professeur de philosophie et on le sent à la fois dans la rigueur de son propos et dans les allusions qu’il se plaît à faire à l’Erscheinung selon la définition de Kant (au sujet d’un film de John Carpenter, The Thing, dont je viens d’acquérir le DVD, puisqu’il semble être la réalisation la plus parfaitement conçue et kantienne du film de monstre). A côté, pour ceux qui aiment rire, il y a bien sûr des photos des grosses bêtes ravisseuses de jeunes femmes dénudées, qui n’impressionnent que sur l’affiche, des morts-vivants (mais peu de vampires, et peut-on encore considérer les vampires d’aujourd’hui comme des monstres ? ils sont devenus si civilisés… le sous-texte érotique est évoqué mais plutôt à travers l’angoisse de viol et d’enfantement d’un monstre), des extra-terrestres et même des monstres gentils. L’auteur m’a confirmé le caractère précieux des Yeux sans visage, un film qui utilise le masque comme miroir de la monstruosité des autres, et non pour vider le visage des meurtriers de leur humanité (comme dans Scream).

L’ouvrage a les défauts de ses qualités : il est abondamment illustré pour ne pas tomber dans le travers des analyses filmiques qui ne sont que discours sur un objet absent, il est clair et synthétique ; mais il frustrera, je pense, ceux qui s’intéressent déjà au cinéma fantastique ou d’horreur ; et la mise en page privilégie les images plutôt que la continuité de l’analyse, si bien que la progression manque souvent de clarté.

Je ne veux cependant pas bouder mon plaisir, j’ai grappillé plein d’idées de soirées DVD (rendez-vous compte : je crois que je n’ai jamais vu Les oiseaux d’Hitchcock !).
Et comme les éditions Armand Colin ont décidé que cette série sur le cinéma valait bien une bande-annonce, la voilà (si ça marche) :