Soit un roman de Zola mettant en scène une jeune femme sanguine mal mariée à un garçon mou, vivant dans un passage parisien malsain (petite mercerie sans envergure tenue par la mère du légume) ; arrive un camarade de collège du garçon qui devient l’amant de la belle Thérèse, couple maudit, comment se débarrasser de l’époux ? ça, ça peut encore s’arranger, mais ensuite comment se débarrasser du souvenir de l’époux ? Soit un roman possédant déjà un potentiel fantastique (retour fantasmé de l’époux en mort-vivant putride, belle-mère terrassée par une attaque, enfermée dans son corps). La scène inoubliable étant celle où l’impotente tente de dénoncer le couple maudit à ses amis (grand moment de suspense).

Soit la déferlante vampirique actuelle ; rappelons que les zombies d’aujourd’hui tentent de se nourrir le plus éthiquement possible (sang animal, que sais-je ?), sont magnifiquement beaux, immortels, volent plus qu’ils ne courent et cetera et cetera.

Park Chan-Wook, le réalisateur d’Old Boy, a tenté dans Thirst (ceci est mon sang) de réunir, de mêler, d’agglomérer ces deux traditions (réalistico-fantasmatique et fantastico-morbide). L’ensemble est un peu… indigeste. (Ah et je ne savais pas que Zola était lu en Corée !) L’intrigue du roman est reprise presque intégralement (l’action bascule cependant lors de la fameuse scène où la belle-mère accuse les assassins de son fils en traçant des signes sur son fauteuil !) et la collision entre présence du vampire et retour du mort-vivant est un peu malheureuse, je trouve. Quant au héros, il a les facultés extraordinaires des vampires de Twilight et boit le sang des perfusions (sauf qu’il a peur de la lumière et qu’il est beaucoup moins prude qu’Edward ! et il n’hésite pas à transformer sa belle en vampire ; après l’avoir tuée non d’amour mais d’agacement). Comme Park Chan-Wook n’a pas peur d’ajouter encore une troisième couche, il fait de son vampire un prêtre utopiste contaminé alors qu’il s’est porté volontaire comme cobaye auprès d’une mission qui étudie un nouveau virus. Il lutte donc contre sa moitié noire, assoiffée de sang et de sensualité ; la vampirette qu’il crée est beaucoup moins torturée (ce qui le torture encore plus lui, bien sûr).

Si on n’a pas peur des hectolitres de sang déversés, on peut dire que le film se laisse regarder (et est une adaptation plutôt rock’n’roll de Thérèse Raquin). Il faut juste ne pas s’attendre à une excessive subtilité, et l’on pourra sans rechigner s’exclamer de dégoût lorsque le héros se couvre de pustules.

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