07 octobre 2009
Pour finir les Harlequinades...
... une petite quatrième de couv' harlequino-SF pour le jeu de Fashion et Chiffonnette.
L'été prochain, vous lirez :
LA CAPTIVE DE PLUTONIA
Parce que les liaisons pluricosmiques de Cyrus 4 l’ont terriblement fait souffrir, Isadora s’est décidée à subir une désensibilisation sur la planète factice de Plutonia. Lorsqu’elle s’éveille le lendemain de l’opération, elle s’attend à couler des jours tranquilles comme une mare automnale, étrangère aux passions, et les tests du docteur Robin confirment chaque matin son parfait socio-détachement. Voir une scène de rupture dans un space soap opera ne la fait plus hurler à la mort et elle se contente de manger les roses artificielles qu’on lui apporte sans plus chercher à s’y piquer les doigts.
Pourtant, un jour, la chevelure obscure d’un nouvel interné éveille en elle d’étranges images d’enlacement… Le regard placide du docteur Robin lui paraît devenu fiévreux ; il lui refuse toute sortie en compagnie des autres pensionnaires, la retenant allongée dans une cellule de verre qui favorise, dit-il, la régénération mentale. Elle se sent gagnée d’irrépressibles tremblements au moindre tourbillon de fleurs (sur Plutonia règne un pseudo-printemps) et la voix rauque du docteur Robin au cours de ses fréquentes visites de contrôle ne lui paraît pas spécialement rassurante…
Isadora pourra-t-elle survivre cette fois à la vertigineuse vague d’émotions qui semble en passe de la submerger ? Qui a eu la cruauté de faire échouer sa désensibilisation ? Quel but poursuit le mystérieux docteur Robin au regard trop brillant pour être honnête ? Et qui est ce ténébreux inconnu au torse sculpté par des années d’exercices intergalactiques qu’Isadora peut deviner à travers sa seyante camisole ?
22 septembre 2009
Un vampire végétal ?
Lectrice de manga monomaniaque, je limite ma consommation de BD japonaise à une seule mangaka : Setona Mizushiro. La publication d’une nouvelle série vient de commencer chez Asuka : Black Rose Alice revisite le mythe du vampire, mais… à l’orientale.
C’est-à-dire que le vampire selon Mizushiro est un personnage encore plus épuré de ses traits folkloriques que ceux de Stephenie Meyer. Bien sûr, il n’a plus peur du grand jour ; il se nourrit de la vie d’êtres qui lui offrent leur sang sans presque qu’il ait besoin de le demander… Pour tout dire, maître des insectes, araignées, papillons et autres mouches, il a quelque chose du vieil arbre épineux et éternel, bien plus que de l’animal nocturne dont on le rapproche traditionnellement…
La mangaka dit avoir voulu quitter le monde du lycée (déjà exploité avec virtuosité dans L’Infirmerie après les cours et l’émouvant X-day) pour se tourner vers des questionnements plus adultes : l’amour, et aussi la procréation. Car elle imagine un mode de transmission bien particulier de la nature vampirique, plus proche de la pollinisation que de la morsure venimeuse. Qu’on ne se méprenne pas cependant : si on trouve pas dans ce volume l’érotisme un peu cliché traditionnellement associé à ce type de prédateurs, le manga nous plonge cependant dans un univers de sexe et de violence assez cru dans la première histoire, qui rapporte la mutation de Dimitri, jeune ténor séduisant de la Vienne du début du siècle.
Car l’autre particularité de cette nouvelle œuvre de Mizushiro, c’est l’éclatement narratif : deux histoires d’amour impossibles à un siècle de distance se font écho dans les dernières pages, et ne semblent que le prologue d’un récit plus complexe. L’amourette contemporaine (entre une prof de japonais et son élève) est plus fade (volontairement, dit le directeur de collection à la fin du volume). Toujours est-il qu’en plus de jouer avec les époques, la mangaka marie les genres (fantastique gothique, réalisme contemporain).
On retrouve cependant l’un de ses thèmes fétiches, la double nature des êtres (car le vampire est fait à la fois de la personnalité de l’être d’avant la mutation et de celle du vampire qui a investi le corps ; de même la bien-aimée de Dimitri associe un corps emprunté au passé et une nouvelle âme), ce qui promet bien des rebondissements pour les épisodes à venir, et je suppose que c’est cette trame psychologique (déjà en œuvre dans L’Infirmerie) que compte privilégier la mangaka.
Et on retrouve aussi, au cours des flash-backs qui accompagnent les moments-clefs de l’action, cette nostalgie déchirante qui m’avait tant plu dans X-day.
Après les vampires végétariens, tentez donc les vampires végétaux !
29 août 2009
Sombre printemps

Unica Zürn était la compagne d’Hans Bellmer, et c’est une poupée désarticulée inspirée de celles qui ont rendu l’artiste célèbre qui fait la couverture de Sombre printemps, un récit en partie autobiographique de l’enfance d’Unica.
Ce court roman traduit de l’allemand est composé de phrases simples, limpides, tranchantes ; sous cette apparente clarté, c’est toute la complexité de l’âme d’une enfant qui est explorée. Dureté de la vie de famille : père en voyage, frère violent découvrant la sexualité. Elle aussi découvre le désir, dans des épisodes étranges, rapportés de façon clinique. Puis elle tombe amoureuse, éperdument, d’un jeune homme distant qu’elle voit tous les jours à la piscine. Un amour impossible, mortel.
Je suis consciente que ce résumé sommaire ne doit guère inciter à la lecture ; sexualité infantile, atmosphère morbide, Sombre printemps est dérangeant. Mais il y a quelque chose de vraiment fascinant dans la franchise et la sécheresse du récit.
Jusqu’au dénouement où l’enfant devient cette poupée désarticulée de Bellmer, dénouement qui préfigure la fin de l’artiste elle-même, qui se défenestra en 1970, après avoir souffert pendant de nombreuses années de troubles psychiatriques.
La Halle Saint-Pierre à Paris avait exposé il y a quelques années les dessins tout en arabesques qu’elle avait réalisés durant ses internements. Elle est aussi l’auteur d’un autre récit lui aussi composé « aux lisières de la raison », comme dit la 4e de couverture, au beau titre de L’Homme-Jasmin.
Elle aperçoit un cercle d’enfants assis et recueillis, qui se serrent autour d’un groupe d’hommes paraissant des étrangers. A la vue du plus grand d’entre eux, son cœur se met soudain à battre. Il ressemble exactement à l’un des hommes sombres qui, la nuit, dans la salle noire où brûlent les torches, l’attendent pour la tuer. Par un penchant brusque et unique, elle choisit cet homme pour lui vouer un amour profond et secret. Il ne la voit pas, il ne la connaît pas. Il ne sait rien du bouleversement que sa vue lui cause. Enfin elle a son premier grand secret. Ces hommes parlent une langue que les enfants ne comprennent pas. Cela augmente encore l’impression de mystérieux. Prudemment, pour ne pas éveiller son attention elle se lève et entre dans le cercle des enfants. Elle veut être près de lui ! Soudain son visage s’embrase d’excitation et d’une joie folle. En même temps elle se sent infiniment triste. C’est un homme, lui. Il est inaccessible pour elle.
22 août 2009
Harlequinades (deuxième) - De la mythologie infernale et de l’insularité grecque dans la littérature romantique
Le hasard des vacances me plaça devant un étal de Harlequins vintage, au sein duquel mon regard accrocha un titre qui n’aurait pas déparé la liste des épisodes d’Ulysse 31 : La vengeance de Hadès, d’Anne Hampson. Il s’agissait d’une réécriture Harlequin du mythe de l’enlèvement de Perséphone par Hadès. Ma curiosité scientifique s’éveilla. Puisque les livres se vendaient par lot de cinq (pour un prix ridicule), d’autres œuvres à sujet plus ou moins grec ou plus au moins mythologique rejoignirent le premier volume, afin de former un corpus analysable (rigueur scientifique, quand tu nous tiens).
Du potentiel harlequinesque d’un mythe infernal :
Or donc, le mythe (qu’Anne Hampson prend soin de rappeler à plusieurs reprises) rapporte comment la fille de Déméter, la jeune Coré (ou Perséphone), fut enlevée sur le char du dieu des Enfers, furieux de ne pas avoir de compagne. Sa mère, alarmée, la chercha par toute la terre et dans son chagrin et sa colère laissa mourir les récoltes et par conséquent les hommes, faute de nourriture ; pendant ce temps, Perséphone mangeait quelques grains de grenade, le fruit des morts, ce qui devait l’empêcher de regagner le monde des vivants. Finalement un accord fut trouvé : elle rejoindrait sa mère pendant la moitié de l’année (retour à la lumière qui donne le signal du printemps et des floraisons) et passerait la deuxième moitié de l’année dans le sombre royaume (les proportions varient selon les sources, six mois-six mois, sept-cinq ; mais curieusement, à chaque fois qu’il y a descente aux Enfers, Perséphone est là).
Dans La vengeance d’Hadès, une diseuse de bonne aventure révèle à Julie son misérable destin : son cousin a séduit jadis une jeune grecque qui a trouvé la mort au cours de cette escapade (un accident d’équitation) ; humilié et désespéré, son fiancé (le vrai) a obtenu la promesse qu’il recevrait en mariage la jeune Julie, en réparation, dix ans plus tard. Un odieux marché la livre donc à un pêcheur d’éponges. Il s’appelle Adoneus Lucian (Hadès, donc). Elle devra passer sept mois à ses côtés et pourra regagner la bonne société anglaise (car elle est riche, bien sûr) cinq mois par an pendant qu’il sera parti à la pêche aux éponges.
Qu’on ne cherche pas Déméter dans cette histoire : Julie est orpheline. C’est son oncle qui l’a élevée, mais il se révèle assez grossier : la mort de la jeune grecque le laisse indifférent, et il propose simplement d’acheter le pêcheur pour avoir la paix. Je vous passe les péripéties suivantes, toujours est-il que Julie se retrouve unie à Adoneus (par un mariage qu’elle refuse de consommer). Et jamais plus son oncle ne se manifestera. C’est donc sur la descente aux Enfers et le mariage « forcé » que se concentre l’intrigue.
Qu’est-ce que c’est qu’une descente aux Enfers pour une héroïne Harlequin ? c’est d’abord être privée totalement du Confort de la civilisation. Lisez (et frémissez) à l’évocation de sa première nuit dans l’île. Elle descend dans un hôtel plus que douteux :
La jeune fille était en train de faire sa toilette lorsqu’un moustique lui piqua l’oreille. Elle essaya de l’attraper avec sa serviette, mais elle le manqua et se mit au lit. L’insecte parut à nouveau sur le mur et elle parvint à l’écraser, mais un autre le remplaça immédiatement. Julie se couvrit le visage de sa chemise de nuit après en avoir tué quelques-uns et, grâce à cette moustiquaire improvisée, parvint à s’endormir. Le lendemain cependant, son œil était boursouflé à cause d’une piqûre.
Et dire que c’était la meilleure chambre de l’hôtel ! Plus tard, installée dans la masure de son époux (assez grande cependant pour qu’ils fassent chambre à part), elle doit puiser de l’eau pour se laver et Doneus refuse ombrageusement qu’elle utilise sa fortune pour faire construire une salle de bain décente. Un bémol cependant à ces épisodes misérabilistes : en guise de fruit des morts, Julie déguste de délicieuses glaces à la grenade (accompagnées de gâteaux au miel) (C’est donc la gourmandise qui la force à rester).
La descente aux Enfers est donc d’abord une déchéance sociale : Julie, pétrie de préjugés, s’admoneste dès qu’elle se sent devenir tendre. Elle ne PEUT pas décemment se rapprocher d’un petit pêcheur d’éponges, encore moins coucher avec lui. Il se trouve que le jeune homme travaille dans un château tout proche, emprunte régulièrement la Limousine, a des amis haut placés, est traité avec un grand respect par tous les voisins et a fait des études en Angleterre, qui plus est elle sent que tout le monde sourit à son approche et qu’on lui cache quelque chose, mais il faut tout de même attendre les dernières pages pour que la lumière se fasse dans son esprit et que la seule fin Harlequin acceptable ait lieu à l’issue d’une intrigue cousue de fil blanc : l’union du milliardaire et de la milliardaire.
Cependant il serait injuste de ne voir dans le roman d’Anne Hampson qu’une réécriture matérialiste du mythe de Perséphone. Car la métaphore infernale s’applique aussi au héros : les pêcheurs d’éponges gagnent leur vie en plongeant dans les profondeurs de la mer, et certains ne remontent pas. Les frères de Doneus sont morts, et lui-même arbore une superbe cicatrice au visage (qui est aussi un atout de charme, certes, dans le roman sentimental !). C’est d’ailleurs la peur de perdre Doneus lors de la prochaine pêche (sentiment qu’elle identifie d’abord comme de la pitié, la malheureuse !) qui favorise le rapprochement entre les héros.
Enfin, la descente dans les ténèbres est aussi l’image de l’éveil à l’amour et au désir de l’héroïne, évidemment. Cependant La vengeance d’Hadès a sur ce sujet-là les pudeurs des romans à l’eau de rose de nos grands-mères. Les Harlequinophiles convaincues n’y trouveront pas leur compte. D’abord parce qu’Anne Hampson excelle à casser tout suspense érotique. Adoneus est un beau jeune homme brun aux traits nobles et surtout un parfait gentleman. Il est d’une politesse exquise et d’une compagnie délicieuse ; en gros son seul défaut est de refuser que son épouse fasse construire la salle de bain de ses rêves.
Ensuite, la scène de la « chute » manque particulièrement de piquant : les deux amants se retrouvent en robe de chambre (pour lui) et en chemise de nuit (pour elle ; un peu transparente semble-t-il) à la lueur de la bougie (pas de salle de bain, et pas d’électricité non plus !) dans la cuisine où Julie vient se préparer une tasse de thé. Il souffle la bougie et lui prend doucement la main. Et paf ! ellipse. Pas la moindre métaphore enflammée, le moindre corps qui tremble. Les corps défaillants sont réservés aux scènes de baiser (épisodes rares, eux aussi).
Mais surtout, en fait d’analyse psychologique, Julie nous répète que ce qu’elle éprouve est de la pitié pour le jeune homme qui risque sa vie en plongeant. Ce qui vexe Doneus, et on le comprend. Cette fille est vraiment trop vertueuse.
A ce stade de l’étude, je dois avouer que, malgré la fadeur des personnages et l’absence presque totale de péripéties, j’ai une certaine tendresse pour Anne Hampson, pour son dépoussiérage un peu maladroit des fonds infernaux et pour ses amants Bisounours.
Du "syndrome d’Hadès" dans la littérature Harlequin :
L’exotisme grec fait rêver la ménagère. Cela n’a pas échappé à Harlequin et je découvris donc que les vacances (ou la réclusion) sur une île grecque était un lieu commun de la littérature romantique, avec La naïade d’Eos (de Penny Jordan) et Inoubliable Dionysios (d’Anne Mather ; là, il y eut erreur sur la marchandise : j’avais lu Inoubliable Dionysos et j’espérais une réécriture – Dionysos dieu du vin, de la danse, de l’ivresse, c’était prometteur ; en fait Dionysios est une île et l’histoire est mortellement ennuyeuse ; cas avéré d’indigestion d’îles grecques, je pense).
C’est l’occasion de rêver de plongeons en bikini dans la mer Egée depuis de somptueux yachts ; de faire un peu de tourisme et de savourer la couleur locale : Julie de La vengeance… assiste à deux baptêmes, Linda la naïade se rend sur la tombe d’Homère.
Une émotion poignante étreignit le cœur de la jeune femme, pendant qu’elle réfléchissait à l’immense talent de ce poète illustre. Comme elle avait aimé la lecture de L’Iliade et de L’Odyssée ! La tragédie d’Achille l’avait touchée ; elle avait pleuré pour Cassandre, quand Apollon avait maudit ses dons de prophétesse (c’est dans L’Iliade, ça ?) et s’était réjouie avec Pénélope quand sa patiente ténacité avait enfin été récompensée. Que de merveilleuses histoires Homère avait contées ! Sa tombe la déçut un peu, mais sa sobriété l’impressionna néanmoins.
Si la lectrice résiste, après ce déluge de louanges, à la tentation de se précipiter séance tenante sur les œuvres complètes d’Homère, elle pourra aussi découvrir la gastronomie locale : aubergines farcies, pitta, moules, kebabs, gâteaux au miel et aux amandes (c’est le menu d’un repas en amoureux de notre naïade). Et naturellement le retsina coule à flots.
Mais un roman Harlequin n’est pas seulement un dépliant touristique, vantant les vertus du bronzage, les bonnes tables et les vieilles pierres : il y a aussi les hommes. Et là, une conclusion s’impose : tous les mâles grecs des romans Harlequin souffrent de ce qu’on pourrait appeler un « syndrome d’Hadès », c’est-à-dire d’une propension à séquestrer et torturer psychologiquement (voire plus) leur douce compagne. Léo Stefanides organise l’enlèvement de la naïade (qui est en fait sa femme, qui l’a quitté trois ans auparavant parce qu’elle le suspecte de coucher avec sa nièce – vous suivez ?). Joanne (dans Inoubliable Dionysios) est emmenée en Grèce (moins violemment) par le ténébreux Dimitri Kastro qui pour la séduire se montre imbuvable et méprisant… Hadès (Doneus) est même paradoxalement le plus charmant de tous ces messieurs ! Je pense d’ailleurs qu’on peut reconnaître le syndrome d’Hadès chez bien des héros Harlequin ; ça marche aussi dans un sombre château écossais par exemple.
Alors bon voyage dans ces îles de rêve, mais n’oubliez pas qu’en Grèce se trouve l’une des portes des Enfers !
En bonus, voici la couverture 80’s de La vengeance de Hadès (vieux prix en prime, je n’ai pas réussi à l’arracher sans arracher l’image)
Sachez encore que j’ai vu mon Harlequin collector à des prix indécents ! Et que Wikipedia fournit quelques détails sur ces romancières de l’ombre (parfois cela fait furieusement penser à l’Angel d’Elizabeth Taylor). En allant voir la page consacrée à Violet Winspear (romancière que je n’ai pas lue), on a même une analyse du masochisme de ses héroïnes !
Encore un billet pour contribuer à l’étude raisonnée de la littérature guimauve proposée par Chiffonnette et Fashion.
19 août 2009
Harlequinades 2009 - l'héritière et l'ex-délinquant (milliardaire)
Chose a priori impensable, les billets tous plus rigolos les uns que les autres des Harlequinades 2009 (grande enquête sociologique et littéraire initiée par Fashion et Chiffonnette) m’ont donné envie de me plonger dans ces torrents d’eau de rose. Mais il n’y avait que deux Harlequins au supermarché, Amoureuse d’un célibataire (oui… et donc, où est le problème ?) et le plus mystérieux Tendre illusion, en faveur duquel a tranché ma curiosité harlequinesque.
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Dans Tendre illusion (de Miranda Lee), une héritière jeune et désirable est placée par son père sous la tutelle de Nick, un ancien délinquant qu’il a d’abord engagé comme chauffeur et qui est finalement devenu milliardaire lui aussi. Jusqu’à ce qu’elle atteigne vingt-cinq ans, il a promis à son mentor de la protéger de tous les séducteurs qui pourraient n’en vouloir qu’à sa fortune. Le problème, c’est que depuis qu’elle a 16 ans il ne peut la voir sans être saisi d’un désir presque incontrôlable ; il est obligé de multiplier les conquêtes pour avoir toujours une fille à opposer comme un bouclier à la séduction innocente de Sorrel. Et le voilà tuteur légal de la jeune femme, alors qu’elle n’a que dix-huit ans ! Ce qui signifie 7 années de concupiscence insupportable. Les mesures prises sont donc draconiennes : la voir le moins possible, se montrer avec elle un parfait goujat, enchaîner les maîtresses sur un rythme d’environ deux par an, car au-delà de six mois ces médicaments atteignent leur « date de péremption », comme l’explique la gouvernante de la maison de famille. Quant à la mission confiée par Ray (le père de Sorrel), Nick la remplit avec un sérieux sans failles et des méthodes expéditives : interrogatoires, torture psychologique, humiliations diverses, c’est simple, les prétendants de Sorrel se sont enfuis les uns après les autres… Mais l’héroïne, dans tout ça ? Eh bien Sorrel a le béguin pour Nick depuis ses huit ans mais elle est persuadée qu’il ne l’a jamais remarquée. Elle a même souffert de boulimie en réaction au goût de Nick pour les mannequins filiformes et superficiels… Heureusement elle a rencontré au club de sport le beau Derek qui devient son confident et imagine une petite comédie pour attirer l’attention ou plus exactement allumer le désir de Nick…
Livrons-nous maintenant à une petite analyse de Tendre illusion…
… Où Harlequin remet en cause l’efficacité de la médecine : le prologue est absolument impayable. Ray, le père de l’héroïne, y confie à Nick qu’il a l’impression qu’il n’en a plus pour très longtemps. Nick s’empresse : a-t-il fait un check-up complet, une révision des 60 ans ? Oui, et le médecin lui a juste conseillé de perdre du poids et de boire moins. Sinon RAS et même pas mal. Mais le sixième sens de Ray s’avère plus fiable que la médecine australienne (ou peut-être est-ce un suicide psycho-somatique ?) : il meurt trois semaines plus tard, laissant à Nick sa Rolls et beaucoup de responsabilités.
… Où Harlequin présente quelques subtilités onomastiques (ou pas) : vous aurez noté que l’héroïne s’appelle Sorrel. Dans le cadre de cette étude, il m’a semblé que la consultation du Robert&Collins s’imposait. On y découvre que sorrel a diverses significations : sens botanique : oseille – n’oublions pas que c’est une riche héritière ; c’est aussi une couleur : roux, brun roux – Sorrel est une blonde aux yeux verts, mais bon, ses cheveux ne peuvent-ils prendre la couleur de la passion sous un éclairage étudié ; et sorrel désigne enfin un cheval, un alezan clair. Insistance sur la sensualité alliée à la distinction qui émane de Sorrel ? Je vous laisse réfléchir à l’élégance d’un tel rapprochement.
… Où le réalisme social fait l’admiration de la lectrice : l’égalité au sein du couple version Harlequin se réalise dans le mariage d’un milliardaire et d’une milliardaire. Une façon simple d’éviter les querelles domestiques. Néanmoins, il convient d’appréhender un tout petit peu les réalités de la vie. Ainsi la jeune héritière ne perçoit-elle jusqu’à ses vingt-cinq ans qu’une rente assez modeste. Et elle apprend même un métier. En effet, Sorrel est psychologue. Là, un esprit chagrin pourrait crier à l’incohérence : comment, tant d’années d’incompréhension, de malentendus, de crises de boulimie, alors que l’héroïne est psychologue ? Oui, mais elle s’est spécialisée en psychologie de l’enfant et sa science s’arrête au seuil de l’école primaire. Or son tuteur a déjà trente-six ans.
Quant à Nick, il n’est devenu riche que grâce à l’intervention salvatrice de Ray, le père de Sorrel ; dans le monde merveilleux d’Harlequin, les milliardaires viennent eux-mêmes dans les maisons de correction repérer de jeunes délinquants en lesquels ils placent toute leur confiance. Dans le monde merveilleux d’Harlequin, l’ascenseur social n’est pas un vain mot : on commence par vous embaucher comme chauffeur, puis on vous prête des fonds pour vos premiers investissements et on vous offre un suivi personnalisé jusqu’à ce que vous deveniez milliardaire. Dans le monde merveilleux d’Harlequin, les conflits sociaux n’existent pas : votre ancien patron peut devenir votre meilleur ami. Harlequin, la nouvelle forme de l’utopie ? Certes, la générosité de Ray ne va pas jusqu’à étendre sa confiance à TOUS les délinquants. Ainsi, le jeune homme sauvé du crime doit-il flairer les arnaqueurs et décourager les coureurs de dots. Mais ces malheureux n’ont qu’à se chercher leur propre milliardaire, non ?
… Où Harlequin vous donne des conseils pour vos cadeaux de Noël : vous voulez faire plaisir à votre bien-aimé ? Recomptez vos économies, faites un petit tour sur Internet et dégottez-lui un bibelot représentant un mini-sac de golf avec des clubs en argent ! Il paraît que ça fait très plaisir.
… Où l’on découvre ce qu’est une maîtresse plus intelligente que les autres : les maîtresses précédentes de Nick étaient des cruches qui n’aidaient jamais à mettre le couvert et blessaient Sorrel à coup de remarques mesquines sur son physique. Mais la gouvernante nous dit que Chloé est plus intelligente ! La preuve, elle ne trouve pas de meilleure façon d’extérioriser sa jalousie que d’accuser Nick de coucher avec sa pupille devant tous ses associés et la dinde de Noël. Quelle classe.
… Où l’on apprend l’intérêt pédagogique des galipettes : poussé par la jalousie, durement éprouvé par les avances insistantes de Sorrel, Nick cède enfin à la pulsion qu’il refoulait depuis neuf ans (mais APRES l’éclat de sa maîtresse intelligente qui n’était donc qu’intuitive et non sans se reprocher son manque de loyauté envers Ray pendant de nombreuses pages), et y découvre finalement une vertu pédagogique : il entend effrayer la jeune femme et lui représenter le genre de séducteur qu’elle doit absolument éviter pour conserver son héritage (bénéfice pédagogique annexe : Sorrel n’est plus une oie blanche mais elle a encore beaucoup à apprendre et Nick est un amant si expérimenté…).
... Où l’on ne peut nier la portée philosophique du roman : grâce à Ray, nous prenons conscience de l’éphémérité de la vie (« Nul n’est éternel »), conscience qui, cependant, ne le pousse pas au détachement immédiat des choses matérielles mais plutôt à la réflexion angoissée sur son testament. Ensuite, les deux premiers tiers du livre mettent en scène le contrôle héroïque de ses passions par Nick, au nom d’une rigueur morale et d’une fidélité à la parole donnée que ne désavouerait pas un stoïcien. Puis nous révisons le conflit entre fatalité (jamais il ne s’intéressera à moi) et libre-arbitre (tu n’as pas perdu tous ces kilos pour te déclarer si facilement vaincue). Avant de contrebalancer l’austère passage stoïcien par l’expérimentation du plus parfait hédonisme lorsque les deux amants sont enfin réunis… mais l’histoire s’achève sur un retour à la morale et les amants sont ramenés dans le droit chemin du mariage.
… Où l’on se pâme devant une tentative de mise en abyme de l’intrigue ! Miranda Lee n’entend visiblement pas s’en laisser compter dans le domaine de l’audace narrative. C’est une héritière du Nouveau Roman. Ainsi Nick, outre qu’il fait des affaires et possède un grand complexe touristique qu’il a nommé Happy Island (on est poète ou on ne l’est pas), investit dans le cinéma et a connu un grand succès avec La fiancée du bush. Sept ans plus tard, il remet ça avec une suite, Retour au bush. Mais cette fois la romance tourne au drame. L’héroïne est tuée en tentant de sauver son enfant. « Tu ne peux pas tuer l’héroïne dans un film romantique. Les gens veulent une fin heureuse ! » proteste Sorrel, en un cri que l’on doit prendre comme un manifeste esthétique de l’auteur. C’est ainsi que quelques chapitres plus tard, lorsque Sorrel oscillera entre la vie et la mort à cause d’une tornade, Miranda soutiendra à fond la théorie de son héroïne et lui laissera la vie sauve, alors même que Nick a d’abord plongé dans la piscine pour sauver la vie de celle qui est en fait accrochée à la falaise (et comment crier les poumons pleins d’eau, je vous le demande ?) ! « L’héroïne ne meurt jamais dans les histoires romantiques », conclut Sorrel (pour ceux qui n’auraient pas suivi). On apprend cependant que le film de Nick a eu un succès inespéré… C’est une bonne leçon sur la nécessité de relativiser toutes ces théories un peu fumeuses. L’important n’est-il pas surtout que grâce à ce succès Nick soit encore plus riche ? Comme Sorrel a décidé de donner une grande partie de sa fortune à des associations caritatives (on est la digne héritière d’un père philanthrope ou pas), il faut bien assurer l’avenir… A quand la suite ? Retour sur une Tendre illusion (le divorce) ? Miranda, à votre clavier !
13 juin 2009
Microfiche – 1 le fond de la piscine
A chaque fois que je passe devant la piscine (celle du boulevard, en bas de la colline), je regarde les horaires, bien décidée à étrenner le maillot pourpre que j’ai acheté à la fin des vacances l’année dernière. Le lundi c’est fermé, le mardi ça ferme trop tôt, le jeudi je suis occupée ailleurs…
Même rendez-vous manqué avec « Le goût du chlore » de Bastien Vivès, au graphisme pourtant séduisant.
Cette BD raconte la rencontre d’un nageur maladroit et d’une jolie sportive, fine et fluide dans son maillot de compétition ; le crapaud et la sirène. Mais Bastien Vivès aurait dû s’offrir les services d’un scénariste.
Il y a très peu de dialogues dans la BD, et le problème c’est que ceux qui s’y trouvent sont très répétitifs (l’insupportable copain qui permet la rencontre, en particulier, ainsi que le kiné qui conseille très lourdement au héros de se mettre à la natation). L’histoire, elle, se veut elliptique et suggestive, mais je l’ai surtout trouvée creuse et vide comme une piscine désaffectée (jolies scènes de piscines envahies par les feuilles mortes dans Ice Storm d’Ang Lee, d’ailleurs). Et au milieu de tout ça la grande question reprise en 4e de couverture : « Tu t’es déjà posé cette question, pour quelles choses tu es prête à mourir ou celles que tu ne lâcheras jamais ? » (n’en attendez rien, la naïade répond : je réfléchis).
Bouh ! rien pour me rappeler les yeux qui piquent, la mousse des gels douche aux fruits dans les vestiaires, l’eau qui claque sous les plongeons maladroits des aspirants nageurs, les rêveries au rythme de la brasse coulée.
J’ai préféré de très loin l’article de Sylvie qui rappelle l’histoire de la piscine où se déroule l’action (et c’est passionnant).
Pour des vrais frissons d’adolescence à la piscine : Naissance des pieuvres.

14 mars 2009
Et n’oubliez pas de répertorier tous les descendants de Chilpéric Ier
Quand j’étais petite fille, je me souviens avoir eu accès à la bibliothèque de la classe supérieure, que l’institutrice avait alimentée avec sa propre collection de bibliothèques vertes. S’y trouvaient un ou deux volumes d’une série maintenant oubliée : le carré d’as, quatre filles qui démêlaient de sombres histoires. Evidemment, j’ai tout oublié de l’intrigue, mais je me souviens que l’un des volumes m’avait accompagnée pendant des vacances normandes dans un maison assez glaciale et que tout cela se passait à l’ombre d’un château mystérieux. Après recherches, ces romans pour la jeunesse datent des années 60.
Eh bien, c’est un peu le même enthousiasme naïf qu’a éveillé en moi Trésor, une BD de Lucie Durbiano. Une histoire de chasse au trésor wisigothique par un professeur farfelu qui oublie ses médicaments, sa fille mathématicienne adepte de Barbara Cartland, son assistant au physique ingrat, un étudiant enthousiaste trop beau pour être honnête et une jolie comédienne blonde en mal de cachet.
Le trait est naïf, les couleurs acidulées, le rythme, entre romance, manigances et chasse au trésor, ne faiblit jamais, les répliques sont drôles, mais l’histoire n’est pas aussi simplette qu’elle y paraît : les jeunes manipulateurs ressemblent à un couple du cinéma Nouvelle Vague ; Christine, la fille de l’archéologue, joue à la ravissante idiote mais c’est elle qui mène la danse (les filles de la BD ont le beau rôle, elles mènent les garçons par le bout du nez) ; on se sent dans une comédie d’aventures à l’américaine, un peu cruelle, qui peut virer à la tragédie ; et d’ailleurs on échappe au happy end : trouver des trésors se paie finalement cher, et à l’instant fatidique on est amené à réviser ses priorités…
Une très jolie lecture, pétillante comme une coupe de champagne (qu’apprécie un peu trop le professeur…).
Merci, décidément, à Sonia et aux éditions Bayou !

08 mars 2009
Steampunk heroes
Si le Réveil du Zelphire de Karim Friha se déroule dans un pays imaginaire, à une époque indéfinie, force est de constater que la ville d’Algarante ressemble beaucoup aux capitales européennes du XIXe siècle. Ajoutons à cela un orphelinat digne des romans de Dickens, un scientifique aventurier qui pilote un engin volant et qui emprunte bien des traits aux savants fous à la Frankenstein (d’ailleurs il y a plein de morts qui se réveillent dans cette histoire…), et on se sentira plongé dans une atmosphère par trop « steampunk ». L’auteur, Karim Friha, emprunte cependant aussi à la tradition des comics américains et des superhéros : ainsi le héros de l’histoire est-il un Zelphire, c’est-à-dire un être doué de pouvoirs particuliers (Sylvan est un homme-arbre, avec une transformation à la Hulk, et comme tous les super-héros modernes il râle un peu, particulièrement quand sa peau bourgeonne au matin).
Dans le premier tome de ce qui est appelé à devenir une série, « D’écorce et de sève », il affronte l’ignoble famille Graves, partisane d’un dictateur déchu, aux côtés de l’adorable professeur Wernes, tout en se posant des questions sur sa relation avec la belle Léonore. C’est assez efficace et palpitant, drôle souvent, visuellement réussi.
Je pense que la série est plutôt destinée à des adolescents : le couple vedette évoque des adolescents d’aujourd’hui, il y a beaucoup d’enfants craquants dans cette histoire et les enjeux familiaux et sentimentaux l’emportent pour l’instant sur la dimension politique ou sociale que pourrait prendre l’histoire.
Un agréable divertissement plein d’imagination délicieusement macabre, dans la même collection (Bayou, dirigée par Joann Sfar) que les aventures d’Aya de Yopougon.
Merci à Sonia pour l’envoi.
23 février 2009
Sous le tigre d’armoise
Dans le tome 2 d’Histoire couleur terre, Ihwa est devenue une belle adolescente et rencontre son troisième amour, Deok-Sam, qui travaille pour maître Park.
C’est l’éblouissement devant la force de l’aimé, devant le corps en fleur de la jeune fille, appétissante comme un abricot.
Cette fois, les histoires d’amour de la fille et de la mère se font écho : la mère d’Ihwa évoque la tendresse de son époux, consumé après trois ans de mariage, et la « belle vie » qu’elle passe dans l’attente de son ami l’écrivain public, même si c’est une vie de patience. La naïve Ihwa, elle, exalte la vigueur et la beauté de son nouvel aimé, vainqueur à la lutte aux fêtes paysannes. Alors que la jeune fille attend un « papillon de feu » avec lequel se consumer dans la passion, elle connaîtra pourtant le même destin que sa mère. L’amour prend une dimension tragique : la fidélité d’Ihwa et de son ami entraînera justement leur séparation…
C’est une nouvelle plongée dans une Corée pour une part archaïque et machiste, où les mariages arrangés peuvent unir une jeune femme à un enfant de 9 ans et où les vieillards riches raniment leur virilité en achetant des concubines à peine sorties de l’enfance. Mais aussi une Corée intime où les secrets de la sexualité et de la beauté se transmettent de femme à femme et où le temps est rythmé par les fêtes et les floraisons.
***
J’ai commencé à apprendre le coréen.
Ma prof a l’énergie des héroïnes de comédies romantiques coréennes.
J’ai compris comment prononcer le nom de l’amoureux d’Ihwa, Deok-Sam.
Et lorsque nous avons fait de la calligraphie, elle nous a remis des pinceaux avec un petit crochet pour les suspendre, comme ceux que la mère d’Ihwa accroche au mur, signe qu’un jour monsieur l’écrivain public reviendra lui rendre visite…
19 janvier 2009
Comment résister à un vampire ?
La meilleure solution paraissait être de s’en tenir à l’écart.
Malheureusement, depuis la sortie de Twilight au cinéma, ils pullulent et vos amis brandissent sous vos yeux de volumineux exemplaires des premiers épisodes, tandis que des êtres au visage un peu trop pâle de papier glacé vous jettent des regards faussement profonds à chaque arrêt de bus.
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Une fois le livre en votre possession, vous jetez un œil au premier chapitre ; lorsque vous levez les yeux, plusieurs heures ont passé (les prédateurs ont sur leurs proies un pouvoir irrésistible, vous venez justement de l’apprendre dans le roman).
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Vous connaissez l’histoire ? Bella… Forks (bof) où son père est policier… Mike, Eric et les autres (tiens, personne n’a parlé de ses garçons ni des insipides Jessica et Angela dans son compte-rendu de lecture)… Et là, en cours de biologie (coup de foudre), Edward ! … visage marmoréen, corps sculptural, main froide comme la pierre (attention, ces métaphores reviendront plus souvent qu’à leur tour !)… oui, mais ténébreux… (Bella pourrait faire siens les vers de Louise Labé « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie, / j’ai chaud extrême en endurant froidure »)… mais finalement très très rassurant comme amoureux…
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Curieusement, ce qui m’a vraiment frappée à la lecture de Fascination de Stephenie Meyer, c’est la parenté de structure entre ce premier volume et les premiers épisodes de l’autre série culte, Harry Potter. Dans les deux cas, le roman raconte d’abord la vie ordinaire de nos héros, en brossant efficacement le portrait de quelques personnages secondaires plutôt plaisants, comme les prétendants éconduits par Bella ou le père dépassé. La vie s’écoule avec une régularité presque cauchemardesque (pensez donc, Bella a tous les jours le même emploi du temps : littérature et langue vivante le matin, cantine, puis biologie et sport ! Et en passant : quel est ce pays de pollueurs où tous les élèves viennent au lycée en voiture ? Les transports scolaires n’existent pas, à Forks ?). Puis elle prend une autre saveur (celle du sang) à mesure que croît l’attirance pour et bientôt l’intimité avec le plus beau garçon du lycée : le magnifique Edward Cullen (sculptural, marmoréen). Nous voilà projetés dans un univers parallèle (pas si éloigné que ça de celui des sorciers) dont nous découvrons les lois avec l’héroïne, en même temps que l’histoire des personnages, les règles de leur sport préféré, leur ambiguïté essentielle (un vampire peut-il jamais être tout à fait bon ?) et leur relation compliquée avec l’humanité (qui m’a fait penser à l’atttraction-répulsion qu’exerçaient les Moldus). Pour finir, un peu d’action (pas la partie la plus intéressante), l’héroïne (comme le petit sorcier) affrontant le Mal en rassemblant tout son courage, protégée par une garde rapprochée exceptionnelle (mais dépassée).
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Est-ce à dire que je n’ai pas été très emballée ? si, bien sûr. J’ai bien aimé cette héroïne maladroite et solitaire (même si l’évocation des contre-prouesses sportives de la demoiselle répond avec une exactitude de métronome aux descriptions du torse musculeux d’Edward et de ses prunelles revolver), j’ai bien aimé les palpitations hyperboliques des amoureux (quand elle ne tombe pas, Bella frôle la crise cardiaque, ce sont ses deux activités principales), j’ai bien aimé surtout les chapitres où ils s’apprivoisent et où sont dépeintes les affres de l’adolescence et la naissance de l’amour.
Si le début du roman est placé sous le signe de Jane Austen et de ses séducteurs glacés, Bella et Edward réunis ont un petit quelque chose de Juliette et Roméo, cette première nuit interminable et clandestine où ils échappent à la surveillance du naïf Charlie. Désir et mort réunis en un seul amant, et puis le lendemain le retour à la réalité, au monde extérieur dans lequel ils ne peuvent pas s’aimer…
Même si elle est un peu trop bavarde pour moi, cette série est vraiment plaisante. La suite !
