26 octobre 2009
"Etant entendu que sans toi"
La poésie, les chansons d’amour. Bien sûr, une belle chanson d’amour, ça tient autant à la conviction de l’interprète qu’au texte et à la mélodie. Christophe Honoré interrogé au moment de la sortie de ses « Chansons d’amour » citait je ne sais plus quelle chanteuse dont l’aveu de désolation pouvait suffire à l’émouvoir. Je me rends compte que mes préférences sont un peu faussées, puisque spontanément je pense lorsqu’on dit « chansons d’amour » à des poèmes mis en musique, à Aragon et Ferré, à « Il n’aurait fallu / qu’un moment de plus / pour que la mort vienne / mais une main nue… ». Mais aussi à quelques chansons mystérieuses de Dominique A, sur l’album Auguri que j’ai écouté en boucle, la ritournelle insolente Je t’ai toujours aimée, l’atmosphère trouble du Commerce de l’eau et le sang fatal du personnage de Pour la peau. (J’aurais pu écrire ce billet l’année dernière lorsque l’on me proposa en guise de chansons d’amour quelques déclarations insipides, métaphores faciles ou argumentations fatigantes sur pourquoi tu m’as quitté).
Découvrez la playlist chansons d'amour avec Manu Lann Huel
Il se trouve que Dominique A était en concert ces derniers jours ici. L’occasion d’écouter combien son écriture a évolué, épurée des longueurs, avec toujours quelques obscurités mais surtout cette curieuse façon de se poser des questions que je me pose aussi et de le dire en si peu de mots si justes, de suggérer quelque chose de quotidien en y injectant quand même de l’étrange.
Sa musique aussi a évolué. En moins bien, me glisse-t-on à côté (c’est qu’on l’écoute depuis ses débuts). Mais non, finalement, ou bien peu importe, puisque c’est aux dernières chansons que je suis le plus attachée, à « Auguri », aux voyages dans un camion, à la recherche du sens, au sentiment d’être immortels , aux dépaysantes étendues...
Le concert était bien, juste un peu froid, mais même cette distance ne m’a pas vraiment déçue. Parce que les comptines obscures que j’ai écoutées et réécoutées dans la nuit des embouteillages, comment me les restituer, intimes chansons d’amour, dans cette salle spacieuse, avec tous ces gens ?
Reste que j’étais contente aussi d’avoir partagé ces chansons avec "tous ces gens". Derrière moi, la jeune femme au rire un peu strident. Devant, les amoureux placides. La dame seule à côté, qui applaudit avec une vigueur peu commune en attendant les rappels.
En tout cas, en renouant avec quelques souvenirs de concerts passés au moment de rentrer dans la salle, c’est aussi à ce billet de Patoumi que je pensais et à cette curieuse relation qu’elle a nouée avec son chanteur préféré.
Au hasard du Net, je tombe sur une confrontation pour les Inrockuptibles de Dominique A et du dessinateur Luz, auteur de "J'aime pas la chanson française", une BD qu'on nous a prêtée sachant justement qu'on allait au concert de Dominique A (et qui s'en prend assez peu à lui, mais bien plus au chanteur de patoumi ; sachant que c'est l'une des planches les plus gentilles qui m'a le plus fait sourire, Vincent Delerm reprenant au piano le refrain de Trust à sa manière : Antisocial tu perds ton anchois).
Découvrez la playlist la musique avec Dominique A
08 septembre 2009
Souvenirs d’Emilie-Romagne
Alors qu’il faut renoncer aux après-midis ensoleillés de farniente, quelques souvenirs de vacances de la ville aux deux tours (penchées comme toute bonne tour italienne immortalisable par les photographes amateurs ; non, nous ne sommes pas à Pise, mais à Bologne, la Rouge, la Savante, dit-on aussi).
A la sortie de la gare déjà, une publicité annonçait :
La lecture est la nourriture de l’esprit.
Cette ville universitaire cache dans un palais ancien une bibliothèque lumineuse ; sous les pieds des visiteurs, le tracé de l’ancienne voie romaine. Remarquez la forme des fauteuils et leurs appui-livre (ou ordinateur).
Prenant le train, je suis allée vérifier que le souvenir des Finzi-Contini imprégnait encore Ferrare. Les jardins immenses cachés derrière de grands murs, les arbres centenaires tordus évoquaient bien le jardin de Micol, si grand que la maison (que les jeunes gens de Ferrare venus jouer au tennis rejoignaient à vélo) semblait un refuge sûr pour la vieille famille juive. Il règne dans la Chartreuse une mélancolie tout aussi évocatrice. 
Dans l’ancien quartier juif aux ruelles étroites (où l’on déguste de délicieuses pâtes fraîches fourrées au potiron et à la ricotta), j’ai retrouvé par hasard l’école de Giorgio Bassani.
A Ravenne, j’ai eu quelque peine par contre à trouver le tombeau de Dante. Un panneau annonçait que les ossements du poète avaient un temps été placés sous un monticule de verdure que je photographiai. Autour, il y avait plusieurs sarcophages, que je photographiai aussi ; mais c’est finalement dans une chapelle attenante que reposait le poète de la Divine Comédie.
Le soir, il faisait encore doux à Bologne et l’on pouvait s’asseoir Piazza Maggiore pour regarder les films diffusés « sotto le stelle » de la plus belle place de la ville. La nuit tombait tandis que s’enchaînaient les orateurs (tradition d’éloquence qui ne semble pas s’être démentie depuis l’Antiquité). Et puis ça commençait. « E.T. » en italien (prononcez E-té), un court-métrage des années 30 rendant hommage à la radio, des films muets racontant des voyages sur la Lune.
Le dernier matin, j’ai vu à la bibliothèque musicale une trompe marine qui a subitement éclairé le vers d’Apollinaire « Et l’unique cordeau des trompettes marines » ; et une « lyre de scène », instrument de parade pour les Orphées des opéras. J’étais ravie.
Que lire en Emilie-Romagne ? Bassani ou Dante si vous voulez. Je n’ai pas poussé jusqu’à Rimini, mais je sais qu’au-delà de cette station balnéaire très courue on trouve encore Riccione, plage chic qui est aussi la ville d’adolescence d’Isabella Santacroce. Son premier roman, Fluo, est la chronique d’un été d’adolescence à Riccione.
Mais, moi, j’ai lu Gianni Celati. Dans Narrateurs des plaines, il collecte des histoires au fil de la plaine du Pô, de Gallarate à Sottomarina en passant par Milan, Piacenza, Modène ou Ferrare. Ces récits sont drôles et mélancoliques, et la plupart du temps porteurs d’une sagesse un peu loufoque et d’une interrogation sur le sens de la vie et la marche du monde. On y apprend pourquoi une jeune femme japonaise qui croit au destin ne pourra jamais épouser un industriel milanais amoureux d’elle, comment un typographe à la retraite mène ses recherches pour découvrir ce qui pousse le monde à aller de l’avant ; on verra un tueur repenti revenir sur les lieux où on l’a soupçonné – à tort ; trois excellents joueurs de foot amateurs se révéler incapables de jouer dans des matchs professionnels ; des enfants découvrir que la vie est ennuyeuse…
06 septembre 2009
Un anniversaire et quelques pas ailleurs

L’anniversaire d’abord : il y a deux ans et quelques jours je me demandais comment ouvrir ce blog et j’inventai un petit texte où il était question de fruits livresques à saisir et à goûter, puis je réécrivis deux ou trois fois ma première note, perdue à plusieurs reprises dans de mauvaises manipulations. L’agacement passé, je m’amusai beaucoup à relire des livres gourmands pour imaginer des recettes toujours mauvaises (sauf les seins coupés d’Agathe inspirés d’un gâteau du Guépard, note toujours très visitée par les gourmands, les curieux et peut-être les sadiques), et je me fixai quelques défis personnels idiots, comme celui de découvrir en particulier l’œuvre des auteurs capricorne afin d’en tirer je ne sais quel bilan astrologico-littéraire. Je découvrais aussi nombre de blogs inspirants, des blogs littéraires mais aussi des carnets de recettes à lire comme des romans, des collections d’images pleines de poésie, des blogzines de SF et autres ateliers où créer.
La 2e année me laissa un peu plus sur ma faim : moins de temps, le sentiment de perdre de vue ce que je voulais faire sur ce blog (rendre compte de mes lectures mais surtout écrire, jouer avec la littérature), le sentiment aussi de la vanité de ces petites notes tandis que se multipliaient les blogs et qu’ils vivaient davantage au rythme des nouveautés. Ce qui ne veut pas dire que je ne me sois pas amusée à concocter quelques billets sur Pompéi, sur des restaurants romanesques et autres curiosités alimentaires, ou même sur Twilight, un plaisir que j’ai retrouvé en rédigeant les harlequinades estivales. Par contre ce blog pratiquant une ascèse particulièrement stricte s’est refusé à presque toute récrimination contre les piles de livres trop hautes et les challenges intenables : que les aficionados me pardonnent, je crois que je n’ai pas cette passion du décompte, ce qui me permet d’ignorer le supplice de la PAL et les pathologies associées. Cette année encore, j’ai lu beaucoup de BD et découvert quelques pépites dont je compte bien suivre les auteurs.
Je ne sais pas trop ce que sera la 3e année, j’ai envie d’un peu plus d’espace d’écriture… On verra bien ; en attendant, je remercie bien sûr tous ceux qui sont passés par ici, que mille roses parsèment votre chemin !
En parlant de route (il me reste toujours celle de MacCarthy à chroniquer), je voulais vous entraîner dans une petite balade italienne… mais ce sera pour demain.
25 juin 2009
Sur la route
J’ai trouvé la bonne route. Elle me rappelle les départs en vacances, les nationales protégées par une arche de verdure qui cachent le ciel d’été. Au retour il y a des falaises, surplombant des magasins d’antiquités qui paraissent oubliés et poussiéreux. On sort de l’ombre des grands arbres pour suivre le fleuve – l’eau est presque au même niveau que la route, et la vue est dégagée, sereine. A droite, une usine entourée d’un cimetière de bobines de toutes tailles, une école en briques qui porte encore la mention « Ecole de garçons ». Plus loin une autre usine, plus moderne, avec des conduits faisant communiquer différents bâtiments, architecture étrange que ne dédaignerait pas Ekwerkwe. La route serpente et je ne m’arrête pas pour prendre des photos parce que mon baladeur à lecture aléatoire diffuse une chanson de Dominique A qui me paraît merveilleusement convenir à la situation ; je me rends compte que je n’en avais jamais précisément écouté les paroles. J’aime ce camion et cette route qui se déroule comme une mer sans fin, l’envie de ne jamais s’arrêter et l’atmosphère mi-drôle mi-inquiétante de cette fuite en avant, indifférente au monde.
"Viens dans ma soucoupe..."
C’était la fin de l’entretien ; le patriarche hochait la tête d’un air
entendu en sirotant l’alcool multi-herbacé servi par sa dernière épouse
et en survolant la fiche de synthèse que lui avait remise le
prétendant...
La suite dans le numéro de juin de Fanes de carottes.
14 mai 2009
Je suis allée pour la première fois à la Comédie française
C’était un mercredi soir, après avoir dîné de ramen (sympathiques, sans plus) dans le quartier des Pyramides. Nous étions en avance et j’étais éblouie : les ors, le rouge, ça impressionne toujours, ainsi que, sous vitrine, la chaise de la dernière représentation de Molière. Pour s’assortir à mon enthousiasme provincial, la pièce que nous allions voir s’appelait « La Grande Magie » (Eduardo De Filippo, mise en scène de Dan Jemmett).
Une histoire d’illusion dans la grande tradition du théâtre dans le théâtre. Un magicien donne un spectacle dans une station balnéaire où un couple mal assorti est en villégiature. Elle est très belle, il est très jaloux (mais fait mine que non). L’amant de la belle paie le magicien pour faire disparaître l’épouse un petit quart d’heure, au cours d’un numéro… et finalement s’enfuit avec elle. Le magicien se lance alors dans un grand numéro de mensonge et convainc le mari trompé que sa femme est enfermée dans une petite boîte, et même que c’est de sa faute, que c’est lui qui a voulu « l’étouffer ». D’abord rationnel et furieux, l’homme finit par adhérer avec passion à cette théorie, qui lui permet de nier l’infidélité de sa femme et de faire éclater au grand jour ses sentiments à l’égard de sa famille (puisque ce qu’il vit est censé être une sorte de poche de temps non compté, et tout doit redevenir comme avant dès qu’il le voudra, dès qu’il parviendra à faire sortir l’épouse de la boîte).
La mise en scène joue à fond sur le trompe-l’œil, aussi bien dans les décors (la plage privée d’un hôtel dans le premier acte, assez carton-pâte ; l’appartement du héros devenu fou dont les moulures semblent disproportionnées, on a l’impression d’être dans un cauchemar) que dans les choix d’acteurs (des femmes jouent des rôles d’hommes, des enquêteurs de comédie). Il y a des tables de part et d’autre du plateau, auxquelles s’installent les comédiens lorsqu’ils ne sont pas sur scène, public eux aussi du spectacle qui se joue.
Evidemment, la pièce d’abord plutôt légère et comique prend un tour plus tragique. Car au-delà de l’illusion il y a la déchéance et la mort (le magicien révèle que les canaris qui se volatilisent durant ses tours sont en fait écrasés par le double fond de leur cage ; n’est-ce pas ce qui risque d’arriver au héros qui laisse filer le temps et ne s’alimente plus, puisqu’il ne croit pas son aventure réelle ?)…
01 mai 2009
Jazz age
Histoire du jazz au Musée du Quai Branly. (ci-contre fragment d'une vaste photo de Jeff Wall qui clôt l'exposition)
-Pour ceux qui flotteraient encore sur L’Ecume des Jours, on y voit bien sûr une photo de Boris, des exemplaires de Jazz Hot mais aussi un article ironique signé d’un pseudonyme « Pourquoi nous détestons le jazz » ; et surtout La Nausée de Jean-Paul Sartre ouverte à une page édifiante où Roquentin affirme qu’à l’écoute d’un disque de jazz la Nausée s’estompe. Décidément, le modèle du burlesque Jean-Sol assassiné par Alise dans le roman avait vraiment les mêmes idées que le romancier qui le caricature ; dans L’Ecume des Jours aussi, le jazz donne une forme ronde et harmonieuse à la chambre des époux déjà gagnée par la pourriture. Malheureusement la musique se tait à mesure que la maladie gagne…
-Tout le début de l’exposition témoigne de la représentation du musicien noir : déhanché, traits grossiers, il incarne la fête débridée, sauvage. Aux documents musicaux se mêlent quelques photos terribles de lynchage, les paroles des Strange Fruits chantés par Billie Holiday (et la chanson, mais la musique se perd un peu dans le brouhaha des visiteurs, c’est tout le paradoxe de l’expo)…
-ce que j’ai trouvé le plus impressionnant ce sont les extraits de films : joie communicative des comédies musicales pour lesquelles Fred Astaire se grime en Noir, entrain des cake-walks ou de Josephine Baker, rythme hypnotique de l’extrait de L’Aurore de Murnau (où le jazz est la musique de la grande ville, de la séduction, de la trahison), ou d’un passage d’un film d’Antonioni (un solo de batterie encore hautement érotique, exécuté pour une femme en noir transportée)…
Découvrez Louis Armstrong!
08 avril 2009
Un livre ?
Ceci est mon 200e billet. Petit rythme tranquille, croisière, quelques billets fleuves, quelques simples cartes postales.
Pour ce billet anniversaire, parlons… livres, tiens, par exemple.
A l’initiative de Loula, un grand dépoussiérage printanier de bibliothèque occupe la blogosphère : on peut choisir un livre chez ses voisins, en s’engageant en échange à en proposer trois chez soi (et ainsi à faire le ménage sur ses étagères, en redonnant leur liberté à des ouvrages aimés ou pas).
Virginie m’a très aimablement envoyé des nouvelles japonaises, et c’est à mon tour de vous proposer trois ouvrages. S’ils vous plaisent, signalez-vous en commentaires, et ils seront à vous.
Commençons par Un garçon d’Italie de Philippe Besson. J’en ai parlé, mais n’allez pas voir, je lui fais une très mauvaise publicité. Si ce garçon et moi ne nous sommes pas entendus, j’ai vu que d’autres lecteurs étaient tombés sous son charme (et sous celui des autres romans de Besson), aussi je lui cherche une autre famille, où il coulera des jours plus heureux. (Attention cependant, il s’agit d’un être tourmenté, mort qui plus est). Le roman se passe à Florence, Luca le disparu vous parle de ses deux amours… Qui veut l’écouter ?
Puis Vendredi soir d’Emmanuèle Bernheim. Une femme, un vendredi soir, à la veille de déménager chez son ami. Paris, un embouteillage, une rencontre… Une histoire simple, à l’image du style dépouillé utilisé par la narratrice. Fadeur ? intensité créée par ce dépouillement ? à vous de vous faire votre avis. La moindre figure de style prend l’allure d’un missile et en refeuilletant le court roman, je me surprends à sourire, regrettant presque de ne pas avoir consacré un repas dominical aux jeunes gens qui partagent une pizza, laquelle, « telle une bonne grosse figure, paraît sourire » à la narratrice. Par la suite, les yeux de son compagnon sont décrits, « noirs, aussi brillants que les olives qui garnissaient la pizza ». (J’arrête, je sens que je dessers le roman.)
Enfin, Les Emmurés de Serge Brussolo. Pour les amateurs de bâtisses mystérieuses. Une journaliste s’installe dans un immeuble sur lequel courent d’étranges rumeurs de cadavres emmurés. Le fils de la concierge s’offre comme guide pour une excursion nocturne vers les étages avec bivouac dans d’inquiétants placards à balais… Qui veut s’offrir une nuit d’angoisse ? (claustrophobes, s’abstenir).

Adoptez-les !
31 mars 2009
Retrouver Norfolk
Je pensais aux détritus, au plastique qui claquait dans les branches, au littoral de curieux objets accrochés le long de la clôture, et je fermai à demi les yeux pour imaginer que c'était l'endroit où tout ce que j'avais perdu depuis mon enfance s'était échoué...
Rome, le long du Tibre.
Une dédicace aux lecteurs d'Auprès de moi toujours, lu il y a un an maintenant, relu, et toujours bien vivant dans ma mémoire.
23 mars 2009
Je ne vous ferai pas une conférence...*
Nous croyions être en avance, mais fait étrange, il n’y avait personne dans le hall du théâtre des Arts, que des jeunes gens en noir. Le spectacle avait commencé vingt minutes plus tôt. Les jeunes gens austères nous accompagnèrent avec force excuses et recommandations tout au fond du deuxième balcon, et nous entrâmes sous les applaudissements, tandis qu’Olivier Saladin quittait la scène envahie de paperasses, où il venait de lire quelques lettres d’Erik Satie.
La musique de Satie, interprétée par Alexandre Tharaud, s’éleva sans encombres jusqu’à nous, aérienne et rêveuse, parfois enjouée.
Après l’entracte, c’est un Satie plus canaille qui revint sur scène, le pianiste de cabaret, celui qui mit en musique d’hilarantes chansons contant la visite du petit père Combes chez le docteur, lequel lui ouvre le ventre et y fait de répugnantes découvertes ; ou les mésaventures de l’époux de Chochotte.
Et, sous les traits encore d’Olivier Saladin, revint le professeur foldingue qui nous expliqua ("Je ne vous ferai pas une conférence...") comment organiser les cours de piano des enfants sensibles à la musique (il faut s’assurer que le professeur de piano vient bien dispenser son cours à l’heure où le jeune élève vient le recevoir, sans ça les deux ne se croiseront pas et l’enfant ne fera aucun progrès) et s’interrogea sur la musique des animaux, encore mal connue – ce qui ne l’empêcha pas d’entonner un virtuose couplet miaulant-grognant.
Bref, une sorte de spectacle total, drôle et délicat, pour découvrir toutes les facettes et tous les talents de Satie. Et sa correspondance, réunie dans un gros volume, est absolument délicieuse à picorer, pour rester dans la métaphore animale.

