22 juillet 2010

Nouvelles ¤

Elles sont loin, déjà, les journées de juin passées à essayer de dominer la toux du début d’été, tout en écoutant des réponses surprenantes (« J’aime particulièrement Les Chats de Baudelaire, la première version. Parce que la description me rappelle le chat de mon enfance. »). J’avais toujours l’impression d’arriver la dernière et d’être seule à traverser le grand parc discrètement hanté par des chats, justement, croisés au détour de bosquets ou surgissant de dessous une voiture, jusqu’à une salle où une main bienveillante avait... [Lire la suite]

24 mai 2010

Conte philosophique à l’usage de notre siècle

Voilà ce qu’il faut accepter de croire, pour se plonger dans La flèche du temps de Martin Amis : soit un « esprit », distinct d’un corps et d’une sensibilité, ceux d’un certain Tod Friendly, qui émerge et va suivre l’existence de Tod à rebours, de l’agonie à la naissance ; une existence dont le mystère se révèle peu à peu, au fil des changements d’identité de Tod, au fil d’un périple qui d’Amérique nous mènera au Portugal, en Italie puis en Allemagne en passant par Auschwitz. Autant dire qu’au début j’étais dubitative, le dispositif... [Lire la suite]
05 mai 2010

Sur l’immense agrément de découvrir Forster (benchmark de baisers)

Piazzia della Signoria, Florence -Avec vue sur l’Arno est un délicieux roman en deux parties et trois baisers (donnés par deux hommes différents à la jeune Lucy Honeychurch, jeune voyageuse habilement (?) chaperonnée par une vieille fille geignarde durant un voyage en Italie ; l’un se nomme George Emerson, garçon assez mystérieux, à la saine franchise mais fils d’un père un peu trop direct pour être perfectly correct aux yeux de la bonne société britannique de 1905 ; l’autre est Cecil Vyse, jeune homme bien sous tous rapports... [Lire la suite]
02 mai 2010

Ishiguro (4 ever)

En rentrant de Madrid, j’ai vite cherché une carte d’Angleterre : je voulais me faire une idée du voyage automobile du majordome Stevens, le héros des Vestiges du jour. Car c’est fait : j’ai lu (dans l’avion encore) le roman le plus célèbre de Kazuo Ishiguro, adapté par James Ivory avec Anthony Hopkins et Emma Thompson (ce qui m’avait fait imaginer Ishiguro comme un auteur ancien, genre début du siècle, une sorte d’ami de Forster – j’en parle, parce que je viens aussi de lire Forster, dans un grand assaut de lutte contre l’ignorance... [Lire la suite]
04 avril 2010

Impossible, Virginia

Ce qu’il y a de bien, c’est que ça oblige à prêter attention. Aux yeux pleins de larmes du garçon malade qui s’endort contre l’épaule de son père (métro). Au geste pressé du pâtissier tout rond qui fourre les gaufres à la vergeoise. Aux phrases qui s’envolent (« C’est peut-être du banjo. Ou du yukulélé. »)  Car la Chambre de Jacob de Virginia Woolf n’est faite que de ces petits instants qui composent l’existence d’un être que l’on ne fait que frôler. Jacob est maladroit ; sa présence est d’abord la sensation d’un corps, longue... [Lire la suite]
15 février 2010

"Il faut bien dire qu'un homme vous encombre fâcheusement une maison !"

Si vous vous sentez nostalgique des après-midis passés chez votre grand-mère à siroter un tilleul (dont elle conservait les fleurs séchées dans une grande boîte en carton, peut-être l’emballage d’un drap ou celui d’une chemise du grand-père) ou un lait chaud sucré au miel ; elle vous racontait les menus bouleversements du bourg : madame Unetelle accueillait pour les vacances sa petite-fille et celle-ci passait ses après-midis à la piscine (l’accompagner une seule fois suffit à saccager tous vos beaux souvenirs de parties de nain jaune... [Lire la suite]

10 août 2009

« Hé, des écrivains ! bombardons ces sacs de merde imbus d’eux-mêmes… »

Attention, excellent roman graphique ! … ça commence par des adolescents campagnards qui bombardent une voiture… avec des œufs. A l’intérieur, Beth, la gérante d’une « retraite pour écrivains », et Glen Larson, venu écrire au calme son grand œuvre, qui commence à plastronner en regrettant l’absence d’intention de ces gamineries. Relisez mon titre : voilà ce que les voyous auraient dû se dire… et voilà exactement ce que va faire Posy Simmonds dans Tamara Drewe !Inspiré d’un roman de Thomas Hardy (Loin de la foule déchaînée), ce roman... [Lire la suite]
16 juillet 2009

Un été en science-fiction – 2 « Ne croyez surtout pas ce que vous voyez de vos yeux »

Andrew Wesley est devenu journaliste pour faire plaisir à son père adoptif, journaliste lui aussi. Il ne ressent aucune curiosité pour sa famille biologique, mis à part qu’il a la conviction que quelque part il a un frère jumeau (ce que ne confirme aucun document officiel) dont il perçoit les émotions. Lors d’une enquête assez futile sur une secte, il fait la connaissance de Kate Angier. Elle est la descendante de Rupert Angier, un prestidigitateur du début du siècle qui a été le rival d’Alfred Borden, magicien lui aussi et ancêtre... [Lire la suite]
21 mars 2009

L’infâme prêtre d’Isis et le volcan (sous la cendre de Pompéi – 3)

Il semble que le sanctuaire d’Isis retrouvé à Pompéi ait fasciné les visiteurs des XVIIIe et XIXe siècles : Mozart s’en inspire pour le décor de la flûte enchantée, Nerval lui consacre une nouvelle dans laquelle il rend compte du culte à la déesse et raconte sa visite à Pompéi, qu’il ne voulait pas voir gâchée, lui, par la compagnie pédante d’un « cicerone ». Dans « Les derniers jours de Pompéi » d’Edward Bulwer-Lytton, la perspective est tout autre : le prêtre d’Isis, Arbacès, est le grand méchant, celui qui initie à d’inquiétantes... [Lire la suite]
22 décembre 2008

Strange Alice

« Je suis en retard ! » Comme le lapin blanc, courir après le mois de décembre, avec le sentiment d’être restée prisonnière de la fin de novembre et d’être relâchée au tout début des fêtes (qu’est-ce que c’est que ce congrès de pères Noël en moto sur le grand parking ? pourquoi n’ai-je ressenti aucune urgence à sortir les calebasses sculptées et le vrai-faux sapin bricolé il y a quelques Noëls ?).Marcher peu après l’heure du thé, en prenant son temps, vers la station de métro ; constater qu’aucun métro ne passera avant un bon quart... [Lire la suite]