J’ai trouvé la bonne route. Elle me rappelle les départs en vacances, les nationales protégées par une arche de verdure qui cachent le ciel d’été. Au retour il y a des falaises, surplombant des magasins d’antiquités qui paraissent oubliés et poussiéreux.  On sort de l’ombre des grands arbres pour suivre le fleuve – l’eau est presque au même niveau que la route, et la vue est dégagée, sereine. A droite, une usine entourée d’un cimetière de bobines de toutes tailles, une école en briques qui porte encore la mention « Ecole de garçons ». Plus loin une autre usine, plus moderne, avec des conduits faisant communiquer différents bâtiments, architecture étrange que ne dédaignerait pas Ekwerkwe. La route serpente et je ne m’arrête pas pour prendre des photos parce que mon baladeur à lecture aléatoire diffuse une chanson de Dominique A qui me paraît merveilleusement convenir à la situation ; je me rends compte que je n’en avais jamais précisément écouté les paroles. J’aime ce camion et cette route qui se déroule comme une mer sans fin, l’envie de ne jamais s’arrêter et l’atmosphère mi-drôle mi-inquiétante de cette fuite en avant, indifférente au monde.