loups
Les contes d’Angela Carter, publiés en 1979 sous le titre The Bloody Chamber (La compagnie des loups pour le titre français), possèdent un merveilleux pouvoir d’envoûtement.
Le recueil est une réécriture des contes les plus célèbres de Perrault, Grimm, ou madame Leprince de Beaumont, et d’autres encore (le Roi des aulnes : Goethe, et sinon ?…).
Angela Carter en actualise souvent l’action : « Le cabinet sanglant » se passe au début du XXe siècle, je crois, comme plusieurs autres nouvelles. Epoque qui s’harmonise avec la langue expressive et décadente de l’écrivain. Et de toute façon, jamais la précision temporelle, l’intrusion de modernes train-couchettes, bicyclette, ou loges à l’opéra, ne viennent rompre le charme un peu étouffant des contes.
Ce que j’aime particulièrement, c’est que la mythologie utilisée par ces contes (Belle endormie, Chaperon dans la forêt, mari pervers, fiancé félin…) se marie harmonieusement avec des « mythes » plus récents, empruntés souvent au fantastique : le Chaperon rencontre un loup-garou ( et, oui, même les grands-mères peuvent être des loups-garous), la Belle au bois dormant est l’enfant de Nosferatu… Les emprunts littéraires donnent une nouvelle profondeur aux vieilles légendes : le Chat Botté est un Figaro organisant une comédie digne des tréteaux ; le père de la Belle entre chez la Bête en nouvel Alice, et se délecte d’un breuvage étiqueté « Buvez-moi » ; la dernière Chaperonne est d’ailleurs louve-Alice, enfant sauvage curieux de son reflet dans le miroir…
Les Contes sont réécrits, examinés sans relâche, et donnent parfois lieu à diverses interprétations, en particulier le Petit Chaperon Rouge, la Belle et la Bête.
Relus à la lumière de la psychanalyse, ils révèlent ce que les récits anciens laissaient deviner : la séduction du loup sur le Chaperon, la culpabilité de la mère-grand, qui adore l’enfant mais ne l’avertit pas du danger des bois, et lui offre ce chaperon trop rouge pour ne pas être un vêtement de sacrifice… Voilà la grand-mère devenue ce même loup qui veut la mort de l’enfant, qui veut, comme Chronos, l’ogre, dévorer les générations à venir…
Et surtout, ce n’est pas un hasard si ce sont les contes porteurs d’une symbolique d’initiation sexuelle qui sont privilégiés : ce sont les personnages féminins qui intéressent la narratrice. Les femmes ne sont plus les victimes sacrifiées à la violence et à l’appétit masculin : il leur arrive de triompher de leur bourreau ; plus souvent, elles sont fascinées par eux, comme la jeune épouse de Barbe Bleue grisée et dégoûtée à la fois par l’odeur de « cuir et d’épices » de son nouveau mari. Et même, elles passent elles-mêmes de l’autre côté du miroir, dans le désir de leurs amants : si, dans « M. Lyon fait sa cour », la Belle par ses larmes redonne visage humain à la Bête, dans la version qui suit, « La jeune épouse du tigre », c’est la jeune fille qui découvre sous sa peau un pelage luisant que la langue râpeuse de la Bête met à jour. Et c’est même la femme qui devient, dans le dernier conte, une prédatrice, une vampiresse qu’un jeune homme pur fera mourir.

Glanées au fil des blogs, d'autres réécritures fantasy des contes de notre enfance, que je suis impatiente de découvrir :
-Morwenna nous présentait récemment Enchantement d'Orson Scott Card, une nouvelle version de "La belle au bois dormant".
-Plus récemment encore, Fashion Victim faisait une déclaration d'amour à Neil Gaiman, qui redonne vie au marquis de Carabas dans Neverwhere.
-Et Praline nous proposait une histoire de petite sirène avec Miss Waters d'HG Wells.