pom_pom_girlTandis qu’en Italie les cigales crissaient-stridulaient-envahissaient l’espace sonore (tout cela dans la lumière éblouissante des après-midis), me revenait à l’esprit l’angoisse diffuse qu’elles provoquaient sur les pom-pom girls en colo à Pine Ridge de Laura Kasischke, dans Rêves de garçons.
Bien coiffées, maquillées et épilées, à peine couvertes de hauts aguicheurs, Kristy et ses copines passent leurs vacances à s’entraîner à crier sans forcer la voix durant les épreuves sportives et à intérioriser le code de conduite de la parfaite pom pom-girl, souriante, dynamique, image lisse et plaisante de leur établissement. Mais il y a les cigales, les araignées qui tissent leur toile au plafond des toilettes, l’odeur de sang des tampons utilisés par toutes ces filles, la tension sexuelle créée par l’audacieuse Desiree, la meilleure amie de la narratrice qui rejoint la nuit le maître nageur, les prémonitions angoissantes d’une compagne de bungalow… toutes ces figures de la catastrophe en marche, qui se présente sous la forme de deux garçons du coin au volant d’un vieux tacot, que les filles allument dans un instant d’inconscience.

Laura Kasischke (que je découvre par ce roman, mais qui semble déjà chère au cœur de certaines blogueuses) excelle ici à créer un climat étrange, tout en dressant un portrait assez subtil de l’adolescence, et en égratignant par là-même quelques clichés sur l’Amérique (à travers la figure de la fille populaire, si convenue dans les teen-movies).
Certes, les signes macabres s’accumulent dans la première partie du roman de façon un peu lourde (car je n’ai cité que les principaux !), mais c’est que l’histoire est présentée comme l’un de ces contes terrifiants que se racontent les adolescents campeurs la nuit autour d’un feu, histoire d’empêcher de dormir les esprits les plus impressionnables. Et c’est une sorte de cauchemar que rapporte l’héroïne. Les trois filles pourraient bien n’être que différents visages de cette narratrice, la bonne copine au sourire mécanique, l’allumeuse n’écoutant que ses pulsions et l’angoissée terriblement consciente, au fond, du mal qu’elle provoque, et qui porte d'ailleurs le même prénom que la narratrice (ces deux dernières facettes intériorisées par la première Kristy) ; celle-ci se souvient d’ailleurs d’un séjour scolaire où elle s’était sentie étrangement dédoublée, à cause d’une première cuite…
Le roman dénonce finalement l’égoïsme forcené de ces êtres dont la perfection n’est liée qu’à l’apparence ; indifférentes à ce qui n’appartient pas à leur bulle (beaux garçons, réussite…), les filles sont des robots au cœur vide qui attendent du monde qu’il réponde à leurs désirs.

Une bonne lecture d’été, à commencer derrière vos lunettes de soleil et à terminer au cœur de la nuit, en frissonnant.
Repéré chez Virginie, il a été lu aussi récemment par Lily et Praline qui n'en ont dit que du bien !