Ce qu’il y a de bien, c’est que ça oblige à prêter attention. Aux yeux pleins de larmes du garçon malade qui s’endort contre l’épaule de son père (métro). Au geste pressé du pâtissier tout rond qui fourre les gaufres à la vergeoise. Aux phrases qui s’envolent (« C’est peut-être du banjo. Ou du yukulélé. »)
 
Car la Chambre de Jacob de Virginia Woolf n’est faite que de ces petits instants qui composent l’existence d’un être que l’on ne fait que frôler. Jacob est maladroit ; sa présence est d’abord la sensation d’un corps, longue silhouette, entrant dans des salons où il s’ennuie ou canotant avec vigueur. Il est vivant, bien là, fumant sa pipe ; on en tombe amoureux ; tandis que de discrets signes de mort s’imposent dès le début, comme cette carcasse trouvée sur la plage où il joue, enfant. Et le récit s’arrêtera lorsque sa chambre sera vide, lorsque sa présence ne s’imposera plus que par une dérisoire paire de chaussures et quelques lettres qu’il n’a pas pris le temps de trier avant de partir à la guerre (du moins on le devine). Autour, Londres gronde et chante, la campagne anglaise fleurit, les commentaires vont bon train. La vie continue, dans le bourdonnement des insectes.

Il me paraît impossible d’en dire plus sur ce roman de Virginia Woolf dont le sujet, vous l’aurez compris, est la fugacité de la vie, la beauté aussi bien que le caractère dérisoire de toute existence, sinon pour vous inciter à découvrir par vous-même ce roman-poème, dont Virginia Woolf radicalisera le procédé dans Les Vagues, plus tard.

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A Roubaix (où s’est tenu jusqu’en février une exposition consacrée au groupe de Bloomsbury), un styliste rendait hommage aux romans éminemment maritimes de Virginia…

Très très modeste contribution au challenge Bloomsbury de Mea ; ce roman a été lu aussi par Lilly.