Samedi dernier tombait dans ma boîte à lettres un petit livre  à bandeau rouge, avec la photo de l’auteur (une jeune femme avenante), et un titre qui annonçait des frissons : Court, noir, sans sucre.
La métaphore caféinée fait d’Emmanuelle Urien une sorte d’héritière d’Annie Saumont, grande prêtresse de la nouvelle, dont l’un des recueils s’appelait déjà Noir, comme d’habitude. Comme elle, la jeune femme souriante du bandeau rouge ne recule pas devant des situations brutales ou sordides (morts, violences, deuils, désespoir dans toutes les nouvelles ou presque) et excelle dans la construction de récits à la fin légèrement décalée par rapport à ce que l’on prévoyait.
Les nouvelles sont souvent construites sur des mots : comme la formule « fermé le dimanche » que le personnage de « Dans le panneau » tourne et retourne, à la recherche d’un subterfuge qui lui permettrait d’entrer dans la boutique interdite, ou les « plis » et les « vagues » qui submergent la « femme d’intérieur ». Les titres aussi sont des jeux de mots souvent cruels : l‘« assistance technique » de la première nouvelle ne proviendra pas d’un service client, tout comme « la mer à boire » démentira l’expression familière.
Pour chipoter un peu, je dirais que je ne suis pas entrée tout de suite dans le recueil, les premières histoires me paraissant presque trop bien huilées, et donc pas tout à fait crédibles.
Mais la deuxième partie du recueil casse un peu la mécanique de mort enclenchée dans les premières nouvelles, et glisse même une nouvelle à la chute comique, « Tristesse limitée ».
J’ai préféré les nouvelles les plus longues, comme « Jardin secret », un conte noir raconté du point de vue d’un adolescent et mêlant réminiscences du grand méchant loup et de l’arbre de la tentation, « Dans le panneau », monologue intérieur d’un idiot pas si bête que ça, ou « Tête de station », la journée d’un chauffeur de taxi chaleureux (je ne vous en dis pas plus).
J’ai finalement plus apprécié les histoires qui ne s’intéressaient pas aux maux d’aujourd’hui (et de toujours), mais qui exploraient la pensée d’un personnage décalé ou qui s’extrayaient un peu de la réalité pour créer une atmosphère étrange (comme l’atemporelle « Guerre lasse », retour du soldat vers une épouse qu’il ne connaît plus vraiment).
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Mille mercis à fashion victim  qui a organisé le périple de ce livre-voyageur, décoré au tampon-encreur (l’un de ceux cachés dans une petite boîte sur son bureau, probablement).
Clarabel aussi a lu ce recueil.
Si vous voulez offrir une escale à ce petit livre, manifestez-vous auprès de la grande organisatrice.