MADAME_BOVARY_1933

Le début de Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary (Philippe Doumenc l’a tuer) commence de façon abominable : par une sorte de « previously on Madame Bovary » (la semaine dernière madame Bovary a été repoussée par tous et est menacée par le cruel Lheureux ; que va-t-elle devenir… ) mâtinée de « cinq dernières minutes » rapport aux policiers pépères qui apparaissent, chargés d’une enquête abracadabrante (aucune trace de meurtre sur la divine Emma, mais puisqu’elle présente quelques ecchymoses et qu’elle a beuglé « assassinée » avant de mourir (arsenic), on ouvre une enquête…). (Le début de Contre-enquête... commence... ; le début de ce billet est un peu vite expédié aussi !)

Comme tout cela paraissait nébuleux, je suis allée directement à la fin où j’ai découvert :

-que l’auteur a inventé à Homais une fille adolescente (pour qu’elle puisse séduire l’enquêteur et lui laisser en souvenir le « goût acide » de ses lèvres ; piment doux nécessaire au polar, même aussi essoufflé que celui-ci) ; alors que comme le note l’auteur dans sa postface le pharmacien pédant n’a que des enfants aux noms prétentieux d’Athalie ou de Napoléon, et pas encore de fille perdue…

-que Yonville-l’Abbaye est un haut lieu de la prostitution et du stupre, au point que même Homais a couché avec Emma (alors que bon, Homais, son truc ce n’est pas le sexe, c’est la Science, et c’est peut-être le seul personnage totalement indifférent à la beauté d’Emma ; mais une petite crise de la cinquantaine, voilà qui pimente (toujours) l’action terne d’un roman provincial).

Bref, sous couvert de fidélité à Flaubert (question style, ce n’est pas encore ça, notez bien), Doumenc transforme un roman de la platitude, une mise en garde contre la bêtise des illusions romanesques, en une histoire sordide et clinquante de notables corrompus consommant de jeunes femmes à qui ils promettent monts et merveilles (les établir à Rouen) : comment alors s’ennuyer à Yonville, quand on est jolie comme l’était Emma ?
J’ai préféré ne pas en savoir plus et ne pas connaître le rôle exact de Charles dans cette pseudo-intrigue où tous les hommes sont des salauds…
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Plus chouette, la Gemma Bovery de Posy Simmonds, roman graphique adaptant le roman de Flaubert à l’époque contemporaine avec l’humour décapant de l’auteur de Tamara Drewe ; du coup, Gemma est moins formatée par des lectures sirupeuses que par les magazines de décoration et a des fantasmes de journaux féminins ; le pharmacien positiviste est devenu un ex-soixante-huitard (effectivement concupiscent, hypocrite et voyeur ; passionné par le roman de Flaubert, il n’a de cesse d’épier la jeune femme pour voir si elle correspond à la miss Bovary, et au passage, en bon lecteur fleur-bleue, il se laisse gagner par une attirance assez ridicule ; il devient un double d’Emma en somme, c’est assez malin). Comme la plupart des auteurs revisitant le roman, Posy Simmonds se montre assez tendre avec l’aveugle mari, si doux qu’il ne comprend rien aux tourments d’Emma (et il a déjà bien assez à faire avec son ex-épouse, qui lui envoie des lettres dont la moitié des mots sont soulignés d’un trait impératif).

Globalement, les scènes attendues sont traitées avec une joyeuse irrévérence (le fiacre est un vieux van hippie garé sous le Vieux Marché…) et l’auteur offre une évolution singulière à notre nouvelle Emma, pas aussi cruche que la flaubertienne…