Diderot, sous ses habits austères de « philosophe des Lumières », de « directeur de l’Encyclopédie », cache un grand humour et une réflexion toujours en éveil, toujours prête à questionner la société, les préjugés. C’est le sujet du petit conte Madame de La Carlière, qui met en scène une jeune veuve acceptant de se remarier avec un homme au passé libertin. Elle l’avertit qu’elle fera un scandale terrible et ne lui montrera plus que mépris s’il se laisse aller à la moindre incartade et lui demande d’examiner son cœur avant de s’engager à l’épouser…
L’histoire des deux époux est racontée au cours d’un dialogue entre deux personnages jamais nommés qui jugent diversement l’attitude de la belle veuve (Diderot dans plusieurs de ses œuvres se fait le défenseur de l’inconstance, qu’il pose comme une loi de la nature) et surtout qui sont amenés à réviser leurs préjugés sur le mari, que la rumeur s’est empressée de condamner et de transformer en monstre. Et si c’était elle l’« originale », l’insensée ?
Un texte d’une grande modernité qui nous invite à ne pas prendre pour argent comptant tout ce que la rumeur colporte, au risque de juger un peu hâtivement.