DSCN3710Vous ne le savez peut-être pas, mais Zazie a vu le jour il y a cinquante ans. Le Havre, ville natale de son père (spirituel), lui a consacré une petite exposition  où on la découvre croquée par divers illustrateurs, où l’on peut lire les drôles d’hommages de certains papous venus la fêter il y a quelques semaines (l’un par exemple se charge de rejeter sa candidature à la RATP ; si elle veut devenir astronaute (comme elle l’apprend au tonton Gabriel) pour faire chier les Martiens, Dieu sait ce qu’elle pourrait faire endurer aux usagers…) et les lettres de protestation ou de louange envoyés par ses premiers lecteurs. Il paraît qu’il y eut même des poupées Zazie…

Mon hommage à moi aura été de lire les aventures de l’une de ses cousines, Gertie Girdle, héroïne ambiguë d’On est toujours trop bon avec les femmes. Ce roman est un peu l’Et on tuera tous les affreux de Boris Vian : publié sous le pseudonyme de Sally Mara, (pas si) chaste jeune irlandaise mariée à un quincaillier, c’est une parodie de roman noir et érotique, réécrivant d’une façon toute personnelle l’insurrection de Dublin en 1916. Au commencement il y a donc ce bureau de poste de Dublin occupé (et vidé de ses employées caquetantes) par un groupe de Républicains irlandais d’horizons divers, l’un venu d’une île lointaine où règnent encore d’obscures superstitions, un autre tailleur pour dames, un autre étudiant en médecine, un autre encore analphabète… L’obsession de leur chef, Mac Cormack : il faut rester cor-rect (ne pas se conduire en brute avinée soumise à ses instincts). Ses ouailles s’organisent alors pour un siège, car les forces anglaises ne vont pas tarder à arriver sur les lieux et à s’attaquer au bureau de poste vidé de… Vidé ? Non ! dans les toilettes pour dames, une jeune femme se demande si elle doit ou non tirer la chasse : signaler sa présence ou laisser les lavatories sales ? Cette jeune femme terrifiée par les brutes épaisses, c’est Gertie Girdle, fragile employée anglaise…. Fragile ? pas si sûr. Ouvrir les lavatories (où l’un des révolutionnaires détecte sa présence, attiré là par un besoin urgent), c’est, pour les insurgés, un peu comme ouvrir la boîte de Pandore

Curieusement, après les monologues intérieurs (et paniqués) du début du roman (peut-être on_est_tjs_trop_bon_avecen référence à Joyce ?), Gertie nous devient de plus en plus opaque ; elle fait d’abord front courageusement face aux rebelles, puis commence à les « éliminer » un à un, à les détruire en les empêchant tous autant qu’ils sont de rester « corrects ». Enfin, si, il y a bien Gallager qui échappe à son emprise, mais il s’est déjà montré fort incorrect vis-à-vis d’une jeune employée venue réclamer son sac à mains et tuée lors du premier échange de tirs. Gertie achèvera la besogne, tandis que son futur, membre de la marine anglaise, est envoyé mater l’insurrection. Plus moyen alors de connaître les pensées de Gertie qui devient une sorte de femme fatale. Enfin, comme Zazie, elle occupe une place ambiguë, mi-victime mi-provocatrice (probablement est-ce le point de vue masculin), à la fois otage et maître(sse) du jeu.

Je vous laisse découvrir par qui et dans quelles circonstances est prononcée la phrase-titre, qui est la chute d’un roman qui, d’abord très drôle, s’interroge aussi avec une pointe d’inquiétude sur la puissance de la séduction féminine : Eve, toujours Eve, ou Pandore.