Cher Jin Wang, vous qui êtes le héros de la BD American Born Chinese de Gene Luen Yang, si je vous proposais un petit questionnaire qui circule en ce moment sur la blogosphère ?

Alors, d’abord, signe particulier ? American born chinese : né à San Francisco de parents venus étudier en Amérique, qui s’y sont finalement installés

Mauvais souvenir : mon arrivée à l’école Mayflower lorsque mes parents ont déménagé, lorsque la maîtresse a déformé mon nom et annoncé que je venais tout droit de Chine ; les remarques qui ont suivi sur les habitudes alimentaires des Chinois (est-ce qu’ils mangent du chien ?) faiblement contredites par l’institutrice qui assura mes camarades que ma famille avait dû renoncer à cette pratique à notre arrivée en Amérique

Mauvais souvenir fantasmé : la visite annuelle du cousin Shing-Tok, si outrageusement chinois, dents de lapin et natte à l’appui, qu’il ruine systématiquement tous mes efforts d’intégration

Défaut : tendance à reproduire sur mon meilleur ami taïwanais, qui pourtant est d’une loyauté sans failles, les discriminations et mesquineries dont je suis l’objet

Film bonne mine : le dessin animé Transformer. Moi aussi je rêve d’être un transformer capable de m’adapter à toutes les situations ! même si la vieille femme de l’herboriste dit que pour cela il faut perdre son âme…

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(Je pensais qu’après Skim, qu’après Blankets, cette chronique d’une adolescence à part risquait de manquer du piment de la surprise, mais, mêlant trois niveaux de narration (le récit mythique de la colère ravageuse du dieu singe qui refuse de se plier aux desseins de son créateur et finit par apprendre l’humilité ; l’enfance et l’adolescence de Jin, amitiés, rejets et premiers émois ; et enfin, comme une sitcom caricaturale, les visites désastreuses du cousin Shing-Tok chez son cousin Danny), j’ai trouvé qu’elle avait bien du charme, malgré une fin un peu brouillonne.)

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Mais Rose, c’est à vous qu’étaient posées ces questions, tout de même (confidence pour confidence de Casanova).
Ah oui. Signe particulier ? heu… Mon père à moi était originaire de Normandie, mais ça n’a pas du tout bouleversé mon enfance, si ce n’est que la Normandie était un peu ce « pays où l’on n’arrive jamais », cette terre imaginaire où mon père avait fait les 400 coups et goûté d’inoubliables chaussons aux pommes. Quand nous y sommes allés pendant des vacances, il faisait très froid dans la maison que nous avions louée, on se serrait dans le grand lit de la chambre d’en haut (on montait par un escalier, presque une échelle qui me donnait le vertige). J’ai commencé à écrire un cahier pour raconter tous les gens qu’on y avait vus mais je ne l’ai jamais fini.
Mauvais souvenir : l’aventure de Jin Wang me rappelle mon entrée au collège. Angoisse de l’attente avec les copines, pressentiment que les choses ne seront plus tout à fait comme avant. Quand le nom de ma sœur a été appelé, la sonnerie a retenti intempestivement. Le principal a repris… et quand tout le monde a eu rejoint sa classe, j’ai dû me rendre à l’évidence : on m’avait oubliée. J’avais été engloutie par la sonnerie (parce que mon nom était bien celui qui devait sortir quand elle se déclencha impudemment). « Elle n’a pas entendu son nom » avança la surveillante en me présentant à la classe, et ses mots disaient injustement que je n’étais pas très maligne.
Défauts : innombrables. Il faudrait que je sois moins exigeante, déjà, avec moi et les autres, et que je me regarde avec moins de sévérité.
Souvenirs d’enfance : les deux ou trois livres de la bibliothèque rouge et or retrouvés dans la bibliothèque des grands-parents sans qu’on arrive à définir précisément qui les avait lus un jour, les berlingots et les albums des quatre as dans la galerie d’une ville des Pyrénées, la salle d’attente du docteur avec le tapis rouge et les meubles élégants dans laquelle j’aurais voulu rester très longtemps et jouer alors qu’il fallait rester assise, une histoire de fantôme résolue par quatre filles (une bibliothèque verte empruntée dans la bibliothèque des CE2 et lue fiévreusement pendant ces vacances en Normandie), la bibliothèque adolescents de la ville où je ne savais jamais quoi prendre, les paroles de chansons calligraphiées à grand renfort de vagues pendant les cours de physique, la première histoire que j’ai écrite dans l’urgence et qu’on a essayé de taper sur une vieille machine avec ma sœur, sans parvenir à aucun résultat acceptable, etc etc…